"Dans 20 ans, vous serez plus déçu par ces choses que vous n'avez pas faites que par celles que vous avez faites. Alors larguez les amarres.
Mettez les voiles et sortez du port ô combien sécurisant. Explorez. Rêvez. Découvrez."
Mark Twain
Bon, je sais, le tango, c'est argentin. Mais en bons voisins, les Chiliens
sont assez amateurs aussi. Cornaquée par Jeanne et Rémi, le couple de Français qui m'hébergent à Santiago, je prends ce soir mon premier cours de tango. Un vrai défi pour moi qui maîtrise pas
super bien les danses latines. Mon univers c'est plutôt le pop-rock ou l'électro, alors le tango...Oulala... L'une des danses les plus sophistiquées du monde! (c'est le Lonely Planet qui le
dit...)
Pas très sûre de moi, je fais mon entrée discrètement dans la salle de cours. En plus, j'ai l'air tarte avec mes ballerines noires toutes plates, les seules chaussures « à peu près élégantes » que j'ai pu caser dans mon paquetage de routarde. Pas possible bien sûr de se trimballer avec des escarpins à talons, pourtant indispensables pour le tango. Tant pis. Au moins, il faut voir le bon côté des choses: ça m'évite de faire une tête de plus que la plupart des partenaires masculins du cours, les Chiliens n'étant pas très grands pour la plupart... Sauf peut-être le beau gosse grand et baraqué dans le fond de la salle qui prend lui aussi son premier cours...
Je rentre vite dans le vif du sujet grâce à mon premier partenaire qui se
dévoue pour m'initier aux choses sérieuses. A défaut d'avoir de belles chaussures, j'ai au moins l'avantage d'être Française, et les Françaises ont toujours la côte... « Uno, dos, tres,
cuatro, cinco, seis, siete, ocho! » Le pas de base du tango se joue en huit temps. D'abord à gauche, puis devant, puis en arrière... Et attention, c'est là que ça se corse: à
« cinco », il faut croiser les pieds, tout en continuant à reculer... J'vous dit pas la catastrophe!! Malgré toute ma bonne volonté, trois fois sur quatre, j'oublie de croiser les
pieds, ou alors pire, je m'en souviens à la dernière minute, du coup je m'emmèle complètement les guiboles, me marche sur les pieds (au moins c'est pas sur ceux de mon partenaire...), et
complètement déséquilibrée, je me cramponne désespérément aux bras de mon cavalier...
Très occupée à coacher le beau gosse, danseur novice lui aussi, la prof aperçoit enfin mes difficultés et m'invite à les rejoindre. Chic! Chic! Chic! Je me retrouve avec un charmant cavalier... Mais ça ne suffit pas pour autant à faire de moi une meilleure danseuse. D'autant plus qu'avec mes très faibles notions d'espagnol, j'ai beaucoup de mal à comprendre les consignes. Uno, dos, tres, cuatro, cinco, catastrophe: j'ai pas croisé les pieds... ou variante: je les croise dans le mauvais sens... C'est fou comme j'ai du mal à synchroniser mon cerveau avec mes jambes... J'ai beau être super concentrée, ça rentre pas... Tellement concentrée d'ailleurs que je suis raide comme un piquet... Très très loin du beau déhanché sexy des danseuses de tango...
Pleine de bonne volonté, la prof tente de me parler en anglais, mais en
fait les seuls mots qu'elle connait, c'est « one, two, three, four, five... » Du coup, la voilà qui compte les pas en anglais, mais bon, ça m'avance pas plus que ça. Même avec mon très
médiocre espagnol, « uno, dos, tres, cuatro, cinco... », ça, je comprenais, faut pas pousser non plus!!
A force de persévérations (et encouragée par le charmant sourire de mon cavalier, ndlr), je finis tout de même par venir à bout de ces huit malheureux petits pas, croiser les pieds au bond moment, reculer sans manquer de me péter la gueule... Bon, pour la démarche assurée et sexy, il faudra attendre encore un peu. D'ici l'Argentine, j'aurais peut-être d'autres occasions pour m'entraîner...
Fin de soirée autour d'une bonne bière chilienne dans un petit bar de Santiago. Le patron offre même une tournée de digestif en l'honneur de la « chica francesa ». Je me retrouve d'ailleurs rebaptisée « Sarita », habitude chilienne de rajouter « ito » ou « ita » à la fin des mots pour leur donner un sens plus affectueux. Je ne comprends pas grand-chose à ce que raconte tout le monde, en espagnol bien sûr. Mais à peine deux jours que je suis arrivée, et je me sens déjà adoptée. Trop belle la vie en tour du monde...
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