Avec notre hôte Balark, chez lui, à Manaus

Avec notre hôte Balark, chez lui, à Manaus

Vivre la Coupe du Monde au plus près des Brésiliens et comprendre ce qu’ils en pensent… Tel est notre objectif avec Emily au travers de ce voyage au Brésil. Nous avons passé une semaine à Manaus, hébergées par notre hôte couchsurfing, Balark, propriétaire d’un magasin. L’occasion de lui demander son avis sur ce Mondial qui fait polémique au Brésil. Propos recueillis le 10 mai 2014.

 – Trop de villes hôtes –

« C’est un honneur d’accueillir ici la Coupe du Monde, et l’idée de l’organiser au Brésil était bonne au début… Mais il aurait fallut la faire en fonction de nos ressources, et non des exigences de la Fifa. Le Brésil est un pays immense. La première erreur de ce mondial est d’avoir choisi autant de villes hôtes (12, ndlr). C’est stupide de faire prendre des avions pendant plus de trois heures aux équipes de foot pour jouer des matches à l’autre bout du pays, de les contraindre à s’adapter à d’autres climats. Il aurait fallut organiser la Coupe du Monde dans quelques villes dans le Sud du pays, quatre ou cinq… Ca aurait coûté beaucoup moins cher… »

 – Dix fois plus cher à cause de la corruption –

« La seconde erreur a été de détruire les stades existants et d’en construire de nouveaux. Tout ce que le gouvernement brésilien fait construire coûte dix fois plus cher que le prix réel, à cause de la corruption. Ce n’est pas la Coupe du Monde au Brésil qui nous déplait… C’est le coût de la Coupe du Monde. »

 – Aucune amélioration dans le pays –

« C’était un mensonge de faire croire qu’organiser la Coupe du Monde apporterait des améliorations en terme d’infrastructures de transport, d’éducation ou de santé… Rien de tout cela n’est arrivé. Ici à Manaus, à part le nouveau stade, rien n’a changé depuis sept ans. Et à quoi va servir ce stade après la Coupe du Monde? Il est beaucoup trop grand pour ici… Il y a très peu de football à Manaus. C’est complètement inutile…»

 – La Coupe du Monde la plus triste de l’histoire bréslienne –

« Lors des Coupes du Monde précédentes, en Afrique du Sud, en Allemagne, en France, trois mois avant, tout le pays était décoré avec des drapeaux, les gens étaient impatients. Le Mondial était un moment d’union nationale, les brésiliens étaient fiers de leur pays… Et aujourd’hui, un mois avant, il n’y a rien, personne n’est heureux… Aucun drapeau dans la rue. C’est la Coupe du Monde la plus triste que j’ai jamais vue. »

– Une mauvaise image du pays –

« La Coupe du Monde, c’était l’occasion de montrer au monde les côtés positifs du Brésil, notre façon de vivre, notre enthousiasme, notre société multiculturelle sans racisme, mais au lieu de cela, nous montrons que nous sommes un pays profondément divisé, avec beaucoup de problèmes sociaux, une forte criminalité. Depuis un an, le Brésil exporte ses problèmes dans le monde entier. C’est triste. On ne montre pas les aspects positifs de notre beau pays. »

Des travaux devant le stade de Manaus, le 12 mai 2014, un mois avant le début du Mondial

Des travaux devant le stade de Manaus, le 12 mai 2014, un mois avant le début du Mondial

 – Une mauvaise préparation –

« Le Brésil ne s’est pas bien préparé pour recevoir la Coupe du Monde. Les Brésiliens ne parlent pas anglais. Les programmes d’apprentissage d’anglais financés par le gouvernement n’ont pas fonctionné. On montre au monde qu’on est pas un pays qui ne sait pas faire des projets pour le futur. Nos stades ne sont pas prêts. la Coupe du Monde a lieu dans un mois, et rien n’est prêt. »

 – Le paradis ou l’enfer –

 » Si le Brésil gagne, ça sera le paradis… Mais si on perd, ça sera l’enfer. J’ai peur de ce qui peut se passer si le Brésil perd tôt dans la compétition.Toutes les protestations et les déceptions accumulées vont exploser. On a peur de ce qui peut se passer… Il peut arriver tellement de choses… Personne ne sait. »

En vidéo: l’épisode 1 de notre web-série « Mondial Inside », tournée à Manaus, un mois avant le début du Mondial.





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13 commentaires pour “« La Coupe du Monde la plus triste » de l’histoire brésilienne – Interview”




  1. Merci Sarah pour cet article très intéressant, profitez-en bien ! Eu tenho saudade do Brasil, gostei muito.



    • Sarah

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      sur place, je n’en ai pas entendu parler en fait… par contre, sur les réseaux sociaux oui. EN fait, on n’est pas forcément plus informé quand on se rend dans le pays pour suivre un événement… C’est difficile de comprendre les infos à la télé car tout est en portugais. C’est comme les grèves et les manifs… En mode voyage, on ne s’en rend pas compte. Sauf une fois, on était à st luis et il y avait une grève des bus. Mais les gens sur place nous ont dit que c’était parce que les prix avaient augmenté… donc pas vraiment de rapport avec le mondial en fait. ou sinon, il y a un effet d’entrainement… les mouvements sociaux entrainent les mouvements sociaux…




  2. J’ai l’impression que personne n’apprends jamais rien des erreurs précédentes. Chaque nation est super fière à l’idée d’organiser des coupes du monde, des Super Bowl, des Jeux Olympiques etc. Tout le monde trouve milles arguments positifs, argumente avec des dollars qui pétillent au fond des yeux mais quand vient l’heure de faire les comptes, c’est le gros revers de la médaille d’or en pleine tronche, car la note est toujours très très salée.

    Pourtant cela fait bien longtemps que tout le monde sait que ces grands événements sportifs, mise à part le superbe spectacle, n’apportent vraiment pas grand chose en terme de retombées économiques. Toutes ces manifestations ont un coût, et le développement ne peut être réel que si l’argent (de surcroît venant ou bien du déficit publique, ou bien des impôts ou bien d’une diminution d’autres dépenses publiques) investi sert vraiment à quelque chose sur le long terme : hôpitaux, routes, ou ce que vous voulez, mais pas des stades qui vont tomber en ruine dans 2 mois car personne n’y fera plus rien.

    Quand aux rentrées d’argent suscitées pendant l’événement, encore de pipo : plus de touristes ? Faux. Plus de touristes uniquement durant l’événement et encore, il faut prendre en compte qu’il s’agit surtout d’une masse de touristes différente (plus de supporters de foot et moins de touristes lambda qui fuient le bordel de ces manifestations, pire, moins d’acteurs économiques, tels que les investisseurs, qui évitent le pays pour les mêmes raisons durant ces périodes agités. Dommage car eux pour le coup, participent réellement au développement économique du pays).

    Allé, parlons-en des retombées médiatiques … elles sont très bonnes comme le souligne Balark. Aussi bonnes que celles de Sotchi, Pékin, d’Afrique du Sud, de Grèce, bref la liste est longue …

    Un superbe spectacle oui, mais une grosse blague économique aussi. « Mais il aurait fallut la faire en fonction de nos ressources, et non des exigences de la Fifa » en plein dans le mille, mais le grandiose n’aurait pas été là.

    Merci pour l’article ! 🙂
    Tugdual@visa_pour Articles récents..Les meilleurs des pires touristesMy Profile


    • Sarah

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      et merci pour ce commentaire si détaillé et enrichissant!! ça aurait valu le coup de t’itw pour la série Mondial Inside, même si tu n’es pas brésilien!! C’est vrai que c’est toujours un leurre de croire que les événements de ce genre auront des retombées économiques ou touristiques. Et quand on fait croire ça aux gens, du coup ça alimente déceptions et frustrations…


  3. Effectivement, je vais dans le même sens que tous les commentaires précédents : très intéressant votre concept, et vous faites bien votre travail d’objectivité! 😉
    Maxime Articles récents..Une nuit du tonnerre!My Profile


  4. C’est toujours très interessant d’avoir les retours des locaux, mais comme dans tous les pays, il y a les gens pour et les gens contre.
    En tous cas, pour revenir à la première question, ca me parait bien qu’ils aient choisi 12 villes hôtes, cela permet de faire découvrir l’ensemble du pays, et de re-distribuer le tourisme sur un si grand territoire.
    Cindy Articles récents..Sauver les requins = Sauver la planèteMy Profile



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