Que faire, que voir à Tirana lors d’un voyage en Albanie? De prime abord, la capitale du “pays des aigles” n’est pas forcément séduisante. Bruyante, et polluée, la ville manque un peu de sites emblématiques. Pourtant elle se révèle aussi colorée et intéressante à découvrir. Surtout, c’est là qu’on peut comprendre l’histoire récente de l’Albanie et la terrible période qu’a été la dictature d’Enver Hoxha, de 1944 à 1985. L’idéal est d’y consacrer trois jours en début de voyage. Cela permet de prendre connaissance du pays avant de partir à sa découverte. Voilà tous les incontournables à visiter à Tirana et mes coups de cœur.

Visiter Tirana: par où commencer ? La place Skanderberg

La place Skanderberg avec la tour de l’horloge, la mosquée Et’hem Bey et l’hôtel Plaza

En arrivant à Tirana, je recommande de faire dès que possible le Free Walking Tour. Il y a deux départs par jour, à 10h et 18h, devant l’opéra sur la place Skanderberg (à gauche, sur les escaliers). La visite dure deux heures environ, avec un guide albanais qui parle anglais. Cela permet d’avoir un premier aperçu des sites incontournables et surtout de mieux comprendre l’histoire de la ville et du pays. Le tour est gratuit, mais il est tout de même fortement recommandé de laisser un pourboire au guide à la fin de la visite (à titre indicatif, j’ai laissé 500 leks, soit le prix moyen d’une visite de musée).

L’opéra de Tirana sur la place Skanderberg, lieu de rdv du Free Walking Tour

Le point de rendez-vous du tour est d’ailleurs bien choisi puisque la place Skanderberg est le cœur de la ville. Si vous ne faites qu’un passage express à Tirana, c’est là qu’il faut aller. Immense et vide, la parcourir en milieu de journée en plein soleil s’apparente un peu à la traversée d’un grand désert aride et inhospitalier. Vous serez peut-être surpris de voir des filets d’eau s’écouler sur le carrelage en marbre: c’est pour rafraîchir la température et éviter l’insolation des passants qui s’y aventurent en pleine chaleur. Le meilleur moment pour en profiter, c’est d’y aller en fin de journée, lorsque les habitants viennent s’y retrouver et s’installent sur les bancs devant l’opéra. Pour avoir un beau point de vue sur la place Skanderberg, montez au somment de la tour de l’horloge (elle était en travaux lors de mon passage à Tirana). Ou si vous avez le budget, réservez une chambre avec vue au Plaza Tirana, l’hôtel le plus luxueux de la ville.

Mon conseil: sur le coin droit de l’opéra, se trouve la grande librairie Adrion où vous pourrez acheter des guides touristiques et des cartes de l’Albanie, ainsi que des livres en français d’auteurs albanais comme Ismaïl Kadaré. C’est bien pratique si vous avez oublié de les mettre dans votre valise avant de partir. A lire avant ou pendant un voyage en Albanie: Avril Brisé, une tragique vendetta familiale dans les montagnes albanaises.

Le musée national d’Histoire à Tirana

La place Skanderberg est entourée par plusieurs sites emblématiques de la ville issus de l’héritage communiste, comme le Musée national d’Histoire, facilement identifiable avec son immense mosaïque de style soviétique. C’est le plus grand musée d’Albanie, avec de riches collections archéologiques et de nombreuses icônes. La visite est toutefois un peu décevante car il y a très peu d’explications. Avec un guide c’est sûrement intéressant, mais sinon on n’y apprend pas grand-chose. Je pensais y trouver une parenthèse rafraichissante en pleine journée dans la chaleur accablante de Tirana, mais la climatisation était en panne, ce qui parait-il est assez courant… Mise à part si vous êtes un inconditionnel des visites de musée, je pense qu’on peut s’en passer.

Deux incontournables: Bunk’Art 1 et la Maison des Feuilles

Bunk-Art 1 à Tirana

Visiter Tirana permet de comprendre l’histoire récente de l’Albanie et la dureté du régime qu’elle a connu sous le dictateur totalitaire Enver Hoxha. De la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au milieu des années 80, il a orchestré un espionnage généralisé de la population albanaise et développé une paranoaïa croissante à l’encontre des pays étrangers, conduisant l’Albanie à un isolement quasi total sur la sphère internationale. Dans ce petit pays de moins de trois millions d’habitants, il a fait construire des centaines de milliers de bunkers pour protéger la population d’une menace imaginaire. La peur permettait de maintenir les Albanais sous son joug.

Le site le plus intéressant et spectaculaire à visiter, c’est Bunk’Art 1, un ancien bunker transformé en musée sur le régime totalitaire d’Enver Hoxha. L’inconvénient c’est qu’il est éloigné du centre-ville et il faut donc avoir du temps pour y aller. Je préfère préciser aussi que c’est un lieu peut-être un peu trop impressionnant pour les enfants et je le déconseille aux personnes claustrophobes. On s’enfonce profondément sous terre dans d’immenses galeries qui semblent interminables.

Bunk’Art 2 à Tirana

Alternative: Bunk’Art 2. Si vous n’avez pas beaucoup de temps à Tirana et que la perspective de marcher longtemps dans de longues galeries souterraines vous effraie un peu, alors visitez plutôt Bunk’Art 2 (photo de tête de l’article). Situé à deux pas de la place Skanderberg, il est facile d’accès, et présente, comme Bunk’Art 1, une exposition intéressante sur la dictature albanaise. En tout cas, c’est inutile de visiter les deux, et pour ma part j’ai largement préféré le numéro 1.

La Maison des Feuilles est l’ancien siège de la Sigurimi, la police de renseignements albanaise. Reconvertie en musée depuis 2017, c’est un lieu essentiel pour comprendre l’ampleur de l’espionnage massif de la population sous la dictature. Les différentes salles d’exposition présentent du matériel d’écoutes téléphoniques, des appareils photographiques, des micro miniatures. Dans ces murs ont eu lieu de nombreux interrogatoires sous la torture et des exécutions de victimes sans aucun procès.

Coup de cœur: les façades colorées de Tirana

Immeuble arc-en-ciel à Tirana, Wilson square

La visite des premiers sites évoqués dans cet article peut sembler un peu difficile et guère réjouissante, mais c’est indispensable de s’intéresser à l’histoire récente d’un pays quand on décide d’y voyager. Fort heureusement, la capitale albanaise ne se résume pas qu’à ça. Depuis la fin du régime communiste, au début des années 90, l’Albanie découvre peu à peu la liberté et la joie de vivre, même si économiquement, le pays reste englué dans un système mafieux très corrompu.

Cette nouvelle atmosphère a rejailli sur la physionomie de Tirana avec une volonté de tourner le dos à l’architecture grise et austère issue du style soviétique. Le maire de la ville au tournant des années 2000, Edi Rama (devenu en 2013 Premier ministre) a été un des principaux artisans du nouveau visage de la capitale albanaise. Lui-même artiste peintre, il a décidé de lancer une campagne de “colorisation” des immeubles de Tirana. Résultat, la ville a changé d’apparence. Levez les yeux quand vous vous promenez dans Tirana! Par contre, faute de rénovation, certains immeubles recensés dans les itinéraires (notamment ici), ont aujourd’hui perdu leurs belles couleurs. Heureusement, de nouvelles constructions prennent le relai, comme le ministère du développement urbain et sa superbe façade orangée ou les alentours du nouveau marché Pazari i Ri, qui est mon prochain coup de cœur.

Le ministère du développement urbain à Tirana

Le marché central de Tirana: Pazari i Ri

Le “nouveau marché” de Tirana (Pazari i Ri) est un des lieux les plus agréables de la capitale, à la fois pour se balader, pour manger et pour faire des emplettes. Récemment rénové en 2016, il est entouré de jolies façades colorées et de nombreux restaurants. C’est l’endroit idéal pour manger en terrasse une salade grecque avec des brochettes et boire une bière bien fraîche.

Sous la grande halle de verre et d’acier, vous trouverez plein de produits frais. Un bonheur pour les yeux tout comme les papilles!

Immeuble coloré en bordure du marché central de Tirana

Le street-art dans le quartier du Blloku

Street-art à Tirana sur un immeuble Rruga Brigada VIII

C’est aussi un de mes coups de cœur à Tirana: les œuvres de street-art dans le quartier du Blloku. Historiquement, le Blloku, était un quartier interdit, réservé aux dignitaires de la dictature d’Enver Hoxha. Aujourd’hui, la page est définitivement tournée, et c’est devenu le quartier le plus branché de la capitale.

C’est dans le Blloku que vous trouverez un des immeubles de Tirana les plus aboutis niveau street-art. Situé Rruga Brigada VIII, il comporte de nombreuses silhouettes colorées sur sa façade. L’artiste s’est amusé avec les balcons, les antennes et les tuyaux pour créer toute une panoplie de personnages.

Le street-art est aussi très développé sur les transformateurs électriques, qui deviennent de vraies œuvres d’art urbaines.

Pour les transformateurs électriques, ce n’est d’ailleurs pas une spécificité du Blloku. Vous en trouverez partout dans Tirana avec une palette de personnages très variée, de Salvador Dali à Charlie Chaplin.

Tirana côté nature: excursion au mont Dajti

Envie d’une pause nature et rafraichissante à Tirana? Alors montez au mont Dajti, facilement accessible avec le téléphérique Dajti Express. A 1600m d’altitude, vous aurez une vue superbe sur la capitale albanaise et pourrez profiter de températures plus clémentes. J’étais à Tirana à la fin du mois de juin, et la chaleur en ville est très étouffante. Il y a pas mal de sentiers de randonnées sur le mont Dajti, mais vous pouvez aussi juste faire l’aller-retour pour voir la vue. C’est une sortie très populaire le week-end, donc si vous pouvez, allez-y plutôt en semaine pour être tranquilles. Le départ du téléphérique est dans le même quartier que Bunk’Art 1, donc faites les deux sorties l’une à la suite.

Insolite: la pyramide et les statues soviétiques déboulonnées

La pyramide d’Enver Hoxha, aujourd’hui à l’abandon

La pyramide de Tirana est un endroit insolite qui mérite le détour. A l’origine, ce devait être un musée consacré au dictateur Henver Hoxha, mais avec la chute du régime il a connu divers usage comme centre culturel, boite de nuit, ou même centre d’accueil pour réfugiés. Aujourd’hui laissée à l’abandon, il a plusieurs fois été question de la démolir, mais face à l’opposition des historiens qui la considèrent comme un témoignage du communisme, elle est toujours là.

Pour les amateurs de vieilles statues soviétiques, il faut vous rendre derrière le bâtiment qui abrite la Galerie Nationale d’Art. Vous y trouverez un Lénine et un Staline déboulonnés en 1991. Qui sait combien de temps ils resteront encore cachés là. La visite de la Galerie Nationale d’Art vaut le coup si vous vous intéressez à l’art soviétique, avec de nombreuses peintures emblématiques du réalisme socialiste.

Trois adresses coup de cœur à Tirana

Pour être honnête, les bonnes adresses ne sont pas légion à Tirana. La capitale manque de bons restaurants et de lieux avec un vrai cachet. Il y a aussi un turn-over assez rapide, et les adresses qu’on peut trouver dans certains guides ont souvent fermé entre temps. Espérons que pour ces trois-là ce ne sera pas le cas! En tout cas, elles existent depuis quelques années, donc elles devraient perdurer.

Le restaurant Oda à Tirana

Pour manger: le restaurant Oda (Rruga Luigj Gurakuqi, près du marché Pazari i Ri). Une toute petite adresse où on se régale avec de la cuisine traditionnelle albanaise. Le restaurant est surtout fréquenté par des touristes étrangers, mais à Tirana c’est plutôt gage de qualité, car la clientèle locale est malheureusement assez amatrice de “mal-bouffe”. Il y a souvent la queue, donc mieux vaut venir assez tôt pour y trouver de la place. Large choix de plats végétariens.

Pour boire un café: le Komiteti Kafe Muzeum (Rruga Fatmir Haxhiu). Moi qui adore me poser boire un bon café lors des longues journées de visite, j’ai eu un mal fou à trouver une adresse sympa à Tirana. Mais heureusement, par hasard je suis tombée sur la devanture originale du Komiteti Kafe Muzeum et je n’ai pas été déçue. A l’intérieur, tout un bric-à-brac datant de l’époque soviétique et une atmosphère vraiment originale. Pour ceux qui veulent boire quelque-chose de plus costaud qu’un café, il y a aussi une très riche collection de rakis, l’alcool local, avec plein de rakis arrangés aux herbes ou aux fruits.

Pour boire un verre: le Radio Bar (Rruga Ismail Qemali). Super décoration et belle carte de cocktails dans ce bar du Blloku. Essayez les déclinaisons des cocktails traditionnels avec la raki, l’alcool local albanais. Ambiance vintage à l’intérieur avec de vieux objets datant de l’époque communiste, et colorée sur la grande terrasse extérieure avec beaucoup de végétation.

Autre adresse pour manger: c’est moins un coup de cœur qu’Oda, mais les restaurants Era (il y en a deux: Era Blloku et Era Vila) sont aussi excellents, avec de très bons assortiments de cuisine albanaise.

Où dormir à Tirana

J’ai dormi quatre nuits à l’Hôtel Town House: bien situé et bon rapport qualité-prix pour les voyageurs qui recherchent une chambre basique et fonctionnelle (env 25€ par nuit chambre double), par contre l’accueil est un peu moyen et le petit-déjeuner pas terrible… Sinon j’ai repéré deux hôtels qui ont l’air très bien: le Trip’n hostel (avec à la fois des dortoirs et des chambres particulières) et le Sar’Otel Boutique Hotel (plus haut de gamme avec très bon petit-déjeuner). Pour ceux qui veulent se faire plaisir dans un des plus beaux hôtels de Tirana, il faut dormir au Plaza Tirana et demander une chambre en étage élevé avec vue sur la place Skanderberg. Si je retourne à Tirana un jour, j’y passerai au moins une nuit!

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