Et c’est l’heure de quitter le Paraguay, direction la Bolivie. Stuart est aussi de la partie. Le voyage s’annonce un peu compliqué. Il faut prendre un premier bus jusqu’à Filadelfia. Poireauter toute l’après-midi, puis prendre un deuxième bus pour récupérer ensuite notre troisième bus, celui qui doit nous emmener jusqu’à Santa Cruz, en Bolivie.

Départ aux aurores de Concepcion. Arrivée à Filadelfia en début d’après-midi. Un soleil de plomb, dans une ville aux allures de Far West Américain. Une ancienne colonie allemande, alors tous les panneaux sont à la fois en allemand et en espagnol. Seule la grande rue principale, l’avenida Hindenburg, est goudronnée. Pas grand-chose à faire à Filadelfia. Au moins on trouve un hôtel avec wi-fi pour passer l’après-midi.

20h… C’est enfin l’heure de prendre notre deuxième bus, destination Mariscal, à une heure et demie de route. Mariscal est à quelque 200 km de la Bolivie, mais c’est pourtant là que se trouve le poste frontière de sortie du Paraguay. Après la route traverse le Chaco et il n’y a quasiment pas âme qui vive dans cette région très sauvage. On explique bien au chauffeur qu’il doit nous déposer devant le poste frontière. C’est là qu’on doit aussi récupérer notre troisième bus, vers 1h du matin, qui doit nous conduire à Santa Cruz, en Bolivie.

21h30 et des poussières… A moitié endormie dans le bus, j’ai tout à coup un éclair de lucidité… Mais on n’est pas à Mariscal ici ? Je vais à l’avant demander au chauffeur si on arrive bientôt devant le poste frontière. Et voilà qu’il me dit tout d’un coup: ah bien oui, c’est ici que vous descendez… Ah ben heureusement que je suis allée demander tout de même, car sinon on restait dans le bus pour aller je sais pas où… Je réveille Stuart en catastrophe… « Allez vite, on est arrivé!! » Et nous voilà devant une station-service avec nos gros sacs. Je demande où se trouve le poste frontière. « Ah mais c’est pas tout à côté, c’est à cinq kilomètres d’ici… » « Quoi, cinq kilomètres??? » Putain d’enfoiré de chauffeur de bus… Il avait complètement oublié où on devait s’arrêter en fait… Et là, je me vois pas du tout marcher cinq bornes avec mes 23 kilos de bardas. En plus il fait nuit noire et la route n’est pas éclairée. Va falloir qu’on fasse du stop. Mais ça tombe bien, y a justement une voiture de police à la station-service. Je vais leur demander s’ils peuvent nous déposer au poste frontière. Et nous voilà à bord de leur pick-up. Mais rapidement, je me sens pas trop à l’aise. Le flic au volant conduit à deux à l’heure genre pour gagner du temps, et son collègue commence à nous mitrailler de questions. Genre interrogatoire policier… « Mais vous êtes qui? D’où venez-vous? Où allez-vous? Qu’est-ce que vous faites comme métier ? Qu’est-ce que vous avez fait au Paraguay? Est-ce que vous avez de l’argent sur vous ? » Là, ça commence à être bizarre comme question… D’autant plus qu’il insiste lourdement… « Et vous avez des dollars, ou des pounds (Stuart est Anglais, ndlr…)? » « Vous savez que c’est dangereux de transporter de l’argent sur soi… Muy peligroso (très dangereux)…. Muy peligroso… » insiste-t-il TRES lourdement avec un ton qui ne me plait pas du tout, mais alors pas du tout. Mais c’est quoi ce bordel? Ils sont en train de tâter le terrain pour nous racketter ou quoi?? Le malaise est palpable dans la voiture qui continue de rouler à deux à l’heure sur la route déserte. Heureusement, Stuart, qui parle bien mieux espagnol que moi, leur explique bien en détail, que non, on n’a pas d’argent sur nous, ni guarani (la monnaie paraguayenne), ni dollar, ni pound, qu’on a tout dépensé avant d’acheter notre billet de bus pour quitter le Paraguay. Apparemment, son petit discours suffit à les convaincre et l’interrogatoire se poursuit avec d’autres questions… J’ai qu’une hâte, qu’on arrive enfin à ce putain de poste frontière et qu’on puisse descendre de cette maudite voiture.

Ce qui finit tout de même par arriver. Les flics arrêtent leur pick-up devant une petite maison perdue au milieu de nulle part, avec des entrepôts à côté. « C’est ici… Mais vous allez dormir où? Vous avez une tente ? » nous demandent-ils… « Mais on va pas dormir ici, notre bus passe à 1h du matin », leur explique-t-on… « Ah non non, c’est pas 1h du
matin, il passe à 4h votre bus ». (???) Mais qu’est-ce qu’ils racontent ces deux idiots ? Notre bus il est pas du tout à 4h du mat… Le mec de l’agence qui nous a vendu nos billets nous a bien dit 1h du mat… Allez, de toutes manières, on n’a pas très envie de poursuivre la discussion avec ces flics plutôt louches et on descend rapidement de la voiture.

22h30, et nous voilà avec nos gros sacs devant le poste frontière. Mais c’est complètement désert… Il y a juste une petite maison, et des grands entrepôts de la douane à côté. Je ne m’attendais pas du tout à ça… Je pensais que ce serait à côté d’une station-service, ou même en pleine ville, mais alors isolé, comme ça… C’est un peu la douche froide… Putain, il va falloir attendre deux heures et demi dans cet endroit glauquissime où il n’y a rien à faire…

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On tente quand même le coup de frapper à la porte du poste frontière. Peut-être qu’on pourra attendre à l’intérieur? Hors de question nous répond à peine poliment le douanier, qu’on a visiblement dérangé sous la douche car il sort à moitié habillé avec sa serviette de bain. On lui demande tout de même de nous préciser l’horaire de passage de notre bus pour la Bolivie. « Oh, pas avant 4h du matin », nous répond-il… « 4h du matin??? Mais c’est pas possible, on nous a dit qu’il passait à 1h »… Il prend même pas la peine de poursuivre la discussion et de mauvaise humeur, nous referme la porte au nez.

Il doit se tromper de bus… 4h du mat, c’est pas possible… On continue à se raccrocher à l’idée que notre bus arrivera à 1h… Devoir poireauter ici deux heures et demi c’est déjà largement trop, alors attendre encore plus, difficile à envisager. En plus, on n’a pas été très prévoyants. On a seulement un demi-litre d’eau pour deux. Putain, si on avait su, on aurait attendu à la station-service plus longtemps. Là-bas au moins on pouvait acheter à boire et des trucs à grignoter.

Et c’est pas ça le pire… L’endroit est littéralement infesté de punaises. Je m’en suis rendue compte tout de suite avec effroi en descendant de la voiture des flics. Des punaises noires
énormes, deux-trois centimètres, qui courent partout sur le sol. Une vraie infection… Aussitôt mon sac à dos posé par terre, et deux ou trois de ces horribles bestioles se font un plaisir de le parcourir dans tous les sens. Impossible de s’asseoir par terre, car aussitôt elles nous grimpent sur le pantalon. Et même en restant debout, elles parviennent à nous monter dessus… D’autant plus qu’elle sont capables de voler… En bonne phobique des insectes que je suis, je pousse un cri strident à chaque fois que je découvre une de ces horribles punaises sur mon pantalon ou sur mon tee-shirt. Sans parler de l’odeur nauséabonde qui se dégage à chaque fois que j’en repousse une de mes vêtements. Heureusement, il y a un tuyau d’arrosage dans le jardin du douanier et on peut au moins se rincer les mains après chaque contact malencontreux avec ces bestioles immondes.

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Et je parle même pas des moustiques… Malgré la chaleur, on se dépêche de revêtir nos laines polaires pour nous protéger. On s’asperge à qui mieux mieux de répulsif, mais rien à faire. On se fait quand même piquer sur les mains, dans le cou et à travers le pantalon, pourtant abondamment pulvérisé lui aussi de répulsif…

J’ai bien pensé un moment refaire du stop pour retourner à la station-service, mais il y a tellement peu de voitures qui passent sur la route (pas tout près du poste frontière… il faut traverser un grand terrain vague pour y parvenir) que ça me semble risqué. On se raccroche toujours à l’idée que notre bus passera à 1h du matin… Et il faudra aussi trouver un autre véhicule pour revenir, et déjà tout-à-l’heure, la voiture de flics était la seule à la station-service. Et avec Stuart, on n’a aucune envie de se retrouver à nouveau embarqués par ces flics plutôt louches.

Alors on tente de prendre notre mal en patience. 23h…. 23h15…. 23h30…. 23h45…. Jamais vu les minutes défiler aussi lentement de ma vie. I-pod sur les oreilles, on fait les cent pas devant le poste frontière. Au top de ma play-list ce soir-là: « Where is the love » de Black Eyed Peas, et « Dare » de Gorillaz… A défaut de pouvoir m’asseoir sur ce maudit sol infesté de punaises, au moins j’en profite pour me dandiner comme sur un dancefloor…

00h… 00h15… 00h30… Tiens, y a une voiture qui arrive… La première depuis deux heures qu’on est là. Un gros pick-up tout poussiéreux duquel surgissent deux grands gaillards baraqués, l’air hilare… « On vous a vu depuis la route… et on s’est dit encore des touristes coincés ici toute la nuit pour attendre le bus… » Forcément, on n’est pas les premiers à se retrouver bloqués comme des cons devant cet atroce poste frontière… Harry et son pote (oublié son prénom…) travaillent sur un chantier pas loin d’ici. Ils étaient en route pour aller boire un coup à Mariscal et se sont arrêtés en nous voyant coincés là. La rencontre providentielle de la nuit!! Contents de se taper la discut, ils nous offrent même des canettes de bière!! Génial!! Moi qui m’inquiétais de voir le contenu de notre gourde d’eau diminuer à vue d’oeil… On a enfin à boire!! Et de la compagnie pour passer le temps!! Bon connaisseurs des lieux, ils nous dénichent même un banc de sièges en cuir planqué dans le jardin du douanier. On peut enfin s’asseoir sans craindre de se faire envahir par les punaises!! On leur raconte un peu le déroulé de notre soirée… Les flics qui nous ont pris en stop… « Putain, vous êtes tombés sur eux… C’est des voyous… Ils tentent de racketter tout le monde dans le coin… Vous avez eu de la chance qu’ils ne vous demandent pas d’argent finalement… » nous sort Larry. Pfff… ben dis-donc, ça aurait été le clou de notre soirée merdique ça, se faire en plus racketter par des flics ripoux… Par contre, le hic, c’est que eux aussi ils nous disent que notre bus passera vers 4h du mat… Alors là, avec Stuart, on commence vraiment à avoir des doutes sur l’horaire d’1h du mat… Putain c’est pas possible, on va quand même pas rester coincés ici encore trois heures, c’est pas possible… Et on peut même pas suivre nos deux compagnons providentiels dans un bar en ville: si jamais notre bus passe effectivement à 1h du mat, on va le rater…

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01h30… Au moins une heure qui est « relativement » vite passée grâce à cette agréable compagnie. L’heure néanmoins pour eux de continuer leur route et de prendre congé. Trop gentils, ils font tout de même l’aller-retour à la station-service pour nous ramener de bonnes provisions d’eau et de soda… Cool, on ne mourra plus de soif!!

02h00… Et un bus fait son apparition!! Génial!! On saute de joie avec Stuart!! Enfin le cauchemar va prendre fin. On va pouvoir s’asseoir bien confortablement, à l’abri de toutes ces maudites punaises et de ces infâmes moustiques. La douche froide n’en est que plus violente. Lorsqu’on montre notre billet au chauffeur, il nous annonce que ce n’est pas notre bus… Putain!! Alors là, on est complètement dégoutés… Il faut se rendre à l’évidence… Notre bus passera bien à 4h, et il nous reste encore deux heures à attendre devant ce maudit poste frontière.

Au moins on peut maintenant s’asseoir et boire à notre aise, mais ça commence à faire vraiment long. 02H15… 02h30…. 02h45……….. 04h00…. 04h15…04h30… Et ENFIN voilà notre bus qui arrive. On peut enfin faire tamponner notre passeport à ce foutu poste frontière (on ne pouvait pas le faire avant, le douanier ouvre son bureau seulement quand il y a un bus qui arrive). Après six heures d’attente infernale au milieu des punaises et des moustiques, on peut enfin quitter cet endroit sinistre. Consolation bien appréciable: le bus est à moitié vide et on peut s’installer chacun sur deux sièges. Adieu le Paraguay!! Nous voilà enfin en route pour la Bolivie!!

Bon, on n’est pas encore au bout de nos déboires puisque le bus devra s’arrêter trois fois pour réparation! Et pour couronner le tout, on aura droit à trois films de kung fu avec Bruce Lee histoire de bien se faire casser les oreilles durant tout le trajet… Et une arrivée finale à Santa Cruz à 21h… Soit près de 40 heures après notre départ de Concepcion… Première galère de transport pour ma part en quatre mois de voyage. Mais bon, l’avantage, c’est qu’après ça fait une bonne histoire à raconter…

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12 commentaires pour “L’horrible passage du Paraguay en Bolivie, entre punaises, moustiques et flics ripoux…”

  1. Punaise !! Heureusement que t’étais pas toute seule avec ces deux bandits en costume officiel ! Et 40 h de transport, au moins, t’as testé ta capacité de résistance à l’ennui !
    Prends-soin de toi !
    Biz


    • Sarah

      Répondre

      ouais c’est clair que j’étais bien contente de pas être toute seule cette nuit-là… ça aurait été encore plus la galère… bises


      • Super ton récit !
        Bon si t’interesse et pour partager des bouts de voyages, on vient de lancer un site pour trouver des compagnons de route … Ton avis de voyageuse m’intéresse et puis si tu aimes fais passer … Plus on est plus c’est sympa !

        Bon moi je termine l’Asie début 2012 et ce sera AL des juin 2012 !

        Bon vent
        Celine


  2. c’est juste ouf !! en lisant ton article tellement de souvenirs remontent !! j’ai eu la même attente à filadelfia sous le cagnard, les films de bruce lee, la station service à mariscal, ce poste frontière hors du temps.
    bon par contre moi je me suis tapé tout à pied dans le noir du terminus pusi retour au poste frontière (j’avais pas fait gaffe à sortir du car au poste frontière), et la station service fermait et a refusé de nous vendre de l’eau et à manger (sic). par contre, le bus est vraiment passé à 1h pour nous et on avait les moustiques pas les punaises, et aussi un jeu de carte et une guitare pour l’attente 🙂


    • Sarah

      Répondre

      tu as eu bien de la chance de ne pas avoir de punaises… c’était vraiment une infection ces bestioles… et dis donc, ils changent pas souvent la programmation ciné, trop fort pour les Bruce Lee…


  3. Simon

    Répondre

    Je suis fan de ce nouveau récit que je découvre et que j’ai lu avec délectation !
    Je pars dans 5 jours, je n’ai qu’une hâte !


  4. Nicot

    Répondre

    j’ai travaillé au Paraguay dans le Chaco estancia primavera . j’ai eu a l’époque des rencontres aves les policiers locaux on transportait du bétail et on les amadouait avec des gueuletons a la française . J’y retournerai volontiers


  5. Mise à jour: comme quoi les choses peuvent vachement changer en seulement quelques années. Je viens de faire ce même trajet aujourd’hui même! J’ai eu un bus direct depuis Asuncion jusqu’à Santa Cruz en Bolivie qui part tous les jours à 20h, et qui s’est arrêté à l’endroit affreux dont tu parles à 4h30 du mat. J’ai bien pensé à toi! Mais là à la sortie de l’hiver, début du printemps, pas de punaises, il faisait même plutôt frais. Et le poste-frontière pour faire tamponner le passeport a déménagé et se trouve maintenant (en toute logique) à la frontière. Je n’ai donc mis « que » 24 heures d’Asuncion à Santa Cruz. Enfin un voyage bien fatigant à traverser le Chaco sur la route parfois bien terreuse et pleine de poussière.


  6. Quel cauchemar ! Une histoire que vous ne risquez pas d’oublier haha. Heureusement que ces personnes sont venus vous tenir compagnie, c’est très sympa à eux ! Et pour les flics, c’est flippant ! En tout cas en lisant ton histoire j’ai ressenti toutes les emotions du monde haha, heureusement que tu etais acccompagnée…


  7. J’ai aussi voyagé au Paraguay. Je ne l’ai jamais vu comme de beaux paysages, de belles maisons … Mais l’infrastructure est médiocre, l’autre problème majeur est que lorsque je me suis rendu, tous ne parlaient que Guarani. Pardonnez-moi pour mon français. Je suis une formation, rsrsrs.


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