Potosi, 4100 mètres d’altitude, la ville la plus haute du monde… Une vue à couper le souffle… Au sens propre comme au figuré. La ville fut l’une des plus riches et les plus peuplées d’Amérique latine au XVIIe siècle grâce à l’exploitation de ses mines d’argent. Aujourd’hui, les mines sont presque épuisées, mais des milliers de Boliviens continuent de les exploiter, dont des centaines d’enfants. Espérance de vie des mineurs, dont les poumons sont rongés par la silicose: 45 ans.

La visite des mines est « la principale attraction touristique » de la ville. L’occasion de se rendre compte au plus près de l’enfer de ce monde souterrain. Premier arrêt du groupe pour enfiler les combinaisons de protection, pantalon et veste jaune, casque, lampe frontale. Deuxième arrêt au marché pour acheter « des cadeaux » pour les mineurs. Tous les tours organisés fonctionnent comme ça. A chacun de faire quelques provisions de feuilles de coca, de sodas, d’alcool à 96°C (c’est ce que boivent les mineurs dans la mine…) et de bâtons de dynamite. J’ai rien contre le principe d’offrir des cadeaux, c’est aussi un moyen d’aider financièrement des gens qui travaillent très dur, mais là, je trouve que ça fait un peu foire à touristes… Les bâtons de dynamite, c’est pas pour offrir aux mineurs, mais pour faire des démonstrations d’explosion devant la mine. J’ai l’impression de me retrouver un peu dans un piège à touristes…

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Mais tant pis, trêve d’états d’âme, et nous voilà en route pour les mines, au-dessus de la ville, à 4300 mètres d’altitude. A peine débarqué du mini-bus, et nous voilà déjà dans le conduit sous-terrain. Après le grand soleil de l’extérieur, mes yeux ont du mal à s’habituer à l’obscurité de la mine, et je me rends compte que ma lampe frontale est sur le point de rendre l’âme. N’y voyant goutte, je me fais rapidement distancer par le reste du groupe et me retrouve toute seule dans le tunnel. Bon, ne paniquons pas… Il suffit de continuer ma route tout droit et je vais bien finir par retrouver mon groupe… J’essaye de me dépêcher pour rattraper mon retard, mais j’ai vite le souffle court… On est à 4300 mètres d’altitude, qui plus est dans une mine remplie de poussière… Le plafond s’abaisse de plus en plus et je dois marcher courbée en deux, me cognant régulièrement le casque contre la roche… Que du noir autour de moi, juste la petite lueur de ma lampe frontale qui suffit à peine à guider mes pas. Le sol est plein d’embûches lui aussi. Il faut marcher entre les rails, les pierres et parfois dans la boue. Putain, mais qu’est-ce que je fous dans cette galère?? Heureusement une lumière au bout du tunnel. Mon groupe qui m’attend!! Quel soulagement. Je commençais limite à angoisser toute seule dans le noir. J’ai besoin tout de même de quelques minutes pour reprendre mon souffle. Le temps pour mon guide d’échanger sa lampe frontale avec la mienne. Lui connaît les lieux comme sa poche et peut se permettre de marcher quasi à l’aveuglette.

On est repartit, et avec une lampe qui éclaire, je me sens beaucoup mieux… Mais le cheminement dans le conduit reste difficile. De temps en temps, un bruit de fracas derrière ou devant nous, et on doit vite se retrancher comme on peut sur les côtés du tunnel pour laisser passer les mineurs en train de pousser un wagon à toute vitesse. A peine le temps de les voir passer, le visage noir de poussière et la joue gonflée par la boule de feuilles de coca qu’ils mâchonnent en permanence. Le seul moyen pour eux de supporter ce travail inhumain. Mâcher ces feuilles leur donne de l’énergie et ça permet de couper la faim. Un peu les mêmes effets que la cocaïne, mais en beaucoup plus réduit. Seule la cocaïne travaillée en laboratoire est une drogue, pas les feuilles de coca.

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L’air devient de plus en plus irrespirable. Le tunnel est parfois si étroit qu’on doit cheminer à quatre pattes. Et avec mon mètre soixante-douze, je dois toujours marcher courbée, un vrai cauchemar pour mon dos (plusieurs opérations chirurgicales au compteur…) qui commence à me faire souffrir… Mais quand est-ce qu’on va pouvoir sortir de cet enfer?? On s’arrête de temps en temps pour regarder les mineurs en plein travail. Burin et marteau à la main, ils attaquent la roche sans relâche et je n’ose imaginer l’horreur que ça représente de passer des journées entières dans cet endroit, moi qui n’y suis que depuis deux heures et commence à suffoquer… De l’air s’il vous plait, de l’air… Heureusement, la fin de la visite approche, et c’est avec grand soulagement que je vois la lumière du jour pointer au bout du tunnel. Ouf… On est enfin sortit. Tout le monde est content de pouvoir à nouveau respirer au grand air. Une expérience assez éprouvante, pour ma part en tout cas. Qui permet surtout de se rendre compte à quel point c’est un travail difficile et inhumain.

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Soirée « cinéma » ce soir là à l’auberge de jeunesse, devant l’excellent documentaire « El minero del diablo » (The devil’s miner), de Kief Davidson et Richard Ladkani, qui raconte l’histoire de Basilio, 14 ans, qui travaille dans la mine depuis l’âge de 10 ans. Un vrai choc après cette demi-journée de « visite ». On ne le répétera jamais assez. Quelle chance on a de naître en France, où les enfants ont heureusement droit à un bien meilleur avenir que tout ça.

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4 commentaires pour “L’enfer des mines d’argent de Potosi, en Bolivie”


  1. Quel choc et décalage entre la photo de toi ou tu souris et le mineur qui semble porter le poids du monde sur ses épaules…De la chance, oui, nous en avons…


    • Sarah

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      ouais, déjà juste marcher dans ces tunnels c’était l’horreur, alors j’imagine même pas en tirant un wagon comme il le fait lui… et toute la journée, toute sa vie… pas juste le temps d’une visite de touriste…


  2. Nicoletta

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    Avec surprise et dégoût j’ai découvert votre « promenade » dans les mines de Potosi. Un ami suisse, Jean-Claude Wicky, vient de présenter un documentaire au festival « visions du réel » de Nyon en Suisse, intitulé « Tous les jours la nuit » qui relate la vie des mineurs de Potosi entre autres. Il est engagé depuis plus de 35 ans aux côtés de ces esclaves des temps modernes.
    Comment peut-on exploiter l’horreur de la vie de ces travailleurs? Cela me dépasse.


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