Devant la statue de Lénine à Novossibirsk

Samedi 11 septembre.

Omsk. Le train a franchit dans la nuit les limites de la Sibérie. Le froid glacial nous saisit sur le quai. Le thermomètre de la gare affiche 3°C. Avant de partir pour ce grand voyage, je m’étais amusée à compiler une série de proverbes des pays que j’allais traverser. Pour la Russie, j’en avais trouvé un qui m’avait fait sourire: « En Sibérie, l’hiver dure douze mois, le reste c’est l’été »… Je sais pas pourquoi, mais en cette fin de matinée du 11 septembre (c’est encore l’été non???), frigorifiée sous mon mince coupe-vent, je rigole beaucoup moins… Ca a l’air trop cool la Sibérie…

C’est un arrêt express. On reprend un autre train dans l’après-midi. Alors pas de temps à perdre. On pose vite nos gros sacs à la consigne et on part à la découverte d’Omsk. Les vendeuses de  fleurs dans la rue sont bien emmitouflées dans leurs vestes chaudes. On fait notre sight-seeing au pas de course. La ville recèle des surprises inattendues. Une église orthodoxe parmi les plus belles qu’on ait vu en Russie, une improbable statue de mineur sortant d’une bouche d’égout en plein milieu d’un trottoir… Deux statues de Lénine au passage… Et hop, direction la gare pour continuer notre périple.

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Eglise orthodoxe à Omsk

C’est dans un train un peu spécial qu’on s’apprête à embarquer. Le Rossija, qui effectue la liaison complète entre Moscou et Vladivostock!! Jusqu’à présent, les trains qu’on a emprunté ne faisaient qu’une partie du parcours. Le Rossija, c’est le transsibérien en version luxe… Un luxe qui a un prix, environ 30% plus cher que les autres. C’est pour cela qu’on ne le prend que pour une petite portion de parcours. Notre prochain arrêt: Novossibirsk, à seulement 8 heures d’ici.

C’est le frisson d’excitation au moment d’embarquer à bord de ce train de légende. Moscou-Vladivostock: plus de 9.200 kilomètres… C’est presque le quart du tour de la Terre (40.000 km)…

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Devant le Rossija, avec notre sympathique prodvonik (steward)

Première bonne surprise au moment de monter dans notre wagon. Pour une fois, notre prodvonista (hôtesse de train) est un prodvonik!! Et trop mignon en plus dans son bel uniforme bleu marine. On fait connaissance avec nos voisins de couchettes. Deuxième bonne surprise. Deux jeunes sympathiques. Dmitri, Russe, et en plus il parle anglais, et Gavin, Anglais, touriste lui aussi. Depuis notre départ de Moscou, c’est la première fois qu’on rencontre un étranger. On voit qu’on est dans « un train de luxe ». Les couchettes sont flambant neuves, il y a de la moquette dans le couloir et les toilettes sont nickel!! Un écran digital à chaque entrée de wagon indique la température intérieure (20°C) et extérieure (entre 3 et 4°C).

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Pause thé avec nos voisins de couchette, Dmitri et Gavin

L’après-midi passe à la vitesse de l’éclair. On prend le temps de faire connaissance avec nos voisins autour d’un bon thé chaud et de gâteaux secs. On profite d’un des nombreux arrêts en gare pour se ravitailler. A chaque fois c’est le même scénario. Le train à peine immobilisé, et c’est le ballet des vendeuses ambulantes qui défilent sur le quai. Beignets, saucissons, bières, sodas, nouilles en boite… On peut tout acheter à profusion. Mais attention au choc thermique. Dans le train bien chauffé, on est en tongs et en tee-shirt. Pour les arrêts, on enfile juste rapidement une laine polaire. Du coup, c’est « aglagla… » sur les quais de Sibérie… Ce que j’adore, c’est de voir nos compagnons de transsibérien déambuler parés de leurs plus beaux chaussons… (mes préférés: les chaussons roses du monsieur ci-dessous).

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Arrêt courses sur le quai

Après le thé et les gâteaux secs, c’est maintenant l’heure de la bière et des chips… On en profite aussi pour aller à la découverte du train. Rideaux rouges pour les wagons de 2e classe (compartiments de 4), rideaux gris pour ceux de 1e (compartiments de 2), on parcours le train dans toute sa longueur armées de notre caméra et appareils photos. On ne s’attarde pas au wagon restaurant, désert. La caméra est finalement un allié précieux pour faire des rencontres. Certains passagers l’ignorent ou s’en détournent ostensiblement, gênés d’être ainsi filmés sans leur accord. Mais beaucoup en profitent pour nous faire coucou, et c’est alors facile d’engager la conversation. On est invitées à boire le thé par un sympathique Russe quinqua qui voyage avec sa soeur dans un compartiment de 1e classe. On s’arrête discuter avec des Américains. On ne voit pas le temps passer mais c’est déjà l’heure de descendre du train. A chaque fois le temps passe trop vite en transsibérien, et on est toujours déçues de devoir quitter le cocon douillet de notre wagon. On aurait voulu que le train ait un peu de retard pour rester à bord plus longtemps. Mais inutile d’espérer cela avec un train russe: il sont toujours à l’heure…

Léger quiproquo sur le quai de Novossibirsk. Deux couchsurfers différents sont là pour nous accueillir… Il y a là Lena, qui doit nous loger pour cette nuit, mais il y a aussi Vitaly et son amie, qui pensaient aussi nous héberger. Aie, aie, aie… La situation est un peu génante. Ils se sont tous déplacés à 10 heures du soir pour venir nous chercher à la gare. L’organisation de notre hébergement couchsurfing à Novossibirsk a été un peu compliquée. On s’y est prise comme d’hab un peu à la dernière minute, mais sans Internet depuis deux jours, on a eu du mal à communiquer avec nos hôtes potentiels. Malheureusement il n’y a pas encore le wifi à bord du transsibérien… Mais finalement tout s’arrange. Lena invite Vitaly et son amie à dîner avec nous, et on se retrouve tous les cinq devant un excellent plat de pelmenis, une spécialité russe de raviolis.

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Dîner chez nos couchsurfeurs de Novissibirsk

On savoure le plaisir de retrouver le confort d’un appartement. Cela fait deux nuits d’affilée qu’on dort dans le train et notre dernière douche remonte à Nijni-Novgorod. Bien calfeutrées derrière les fenêtres, on a la chance de voir tomber les premiers flocons de neige de l’année. Et dire qu’on n’est que le 11 septembre… « En Sibérie, l’hiver dure douze mois, le reste c’est l’été »…

Dimanche 12 septembre

Les premiers flocons de neige d’hier soir ont déjà fondu. Parées de nos beaux bonnets rouges, on part à la découverte de Novossibirsk, la capitale de la région de la Sibérie. A vrai dire, c’est la première ville russe qui me déçoit un peu. L’architecture soviétique a quelque-chose de fascinant. C’est parfois tellement laid que ça en devient magnifique. Mais à Novossibirsk, je trouve que ça manque un peu de souffle. Ni le faste et la grandeur de Moscou, ni le charme de Nijni-Novgorod ou Iekaterinburg. On voulait visiter le musée du transsibérien, mais déception: c’est le jour de fermeture. La journée défile sous la grisaille et nous voilà à nouveau à la gare en fin de soirée. C’est parti pour 34 heures de train. Prochaine étape: Irkoutsk.

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Novossibirsk

Lundi 13 septembre

Nos journées dans le train sont d’agréables parenthèses. Bien au chaud, on se laisse bercer par le rythme des rails. Depuis les 3.000 kilomètres qui nous séparent maintenant de Moscou, le paysage est sensiblement le même. Des forêts de bouleaux, quelques maisons en bois traditionnelles, des forêts de bouleaux…

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forêts de bouleaux, forêts de bouleaux…

On poursuit nos aller-retours dans le train à la rencontre de nos compagnons de voyage. J’ai parfois lu, sur d’autres blogs, des récits de voyageurs qui disent s’être ennuyés dans le
transsibérien et avoir trouvé les Russes pas très sympas. Je ne suis pas d’accord. Leur première erreur est, souvent, d’avoir préféré le « confort » d’un compartiment. Et de n’en être pas sorti. Comment voulez-vous rencontrer des gens si vous restez bouquiner entre quatre murs?? C’est sûr que dans ces cas-là, personne ne va venir frapper à votre porte pour vous offrir du thé ou de la vodka. Pour ce qui me concerne, j’ai trouvé les Russes très chaleureux. Mais ce n’est pas eux qui feront le premier pas. Il faut « briser la glace » et aller vers eux. Et après, vous aurez du mal à refuser le « énième » verre de thé ou de vodka qu’ils vous offrent… Sans parler des poissons séchés.

Cet après-midi, on tombe d’ailleurs sur un groupe de Russes, déjà un peu éméchés il faut l’avouer, qui nous invitent à s’asseoir avec eux pour boire un coup. On tente de faire la conversation, avec nos trois mots de russe et leurs trois mots d’anglais. Nous sommes interrompus par un passager du train qui vient leur signaler un problème. Un homme a fait un malaise dans les toilettes. Ivre-mort, il ne peut plus marcher, et ils doivent le porter pour le ramener à sa couchette. C’est déjà la deuxième fois qu’on assiste à ce genre de scène dans le train. Une triste illustration des ravages de l’alcoolisme dans ce pays. Selon des chiffres de l’ONU, l’alcool serait à l’origine de plus de la moitié des décès des hommes ente 15 et 54 ans. Le taux de mortalité en Russie est l’un des plus éleés du monde développé. L’espérance de vie moyenne des hommes n’y est que d’à peine 60 ans.

On retourne à notre wagon après ce triste épisode. Un peu d’eau chaude dans nos nouilles en boîte, une bonne tisane, et au dodo. On approche de la fin du parcours. Réveil à Irkoutsk demain matin.

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Miam, les nouilles en boîte!!

Photos Sarah et Emily

Le Grand Baïkal Bleu et découverte de l'île d'Olkhone
La traversée de la Russie en transsibérien: de l'Europe à l'Asie

11 commentaires pour “La traversée de la Russie en transsibérien: Bienvenue en Sibérie!!”

  1. Jérémy

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    Salut Sarah,

    Merci pour ce retour sur le transsibérien, qui permet de s’appréhender, un peu, l’ambiance et la vie à bord.
    Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur les aspects « pratiques »: on te voit souvent avec ton portable, y-a-t’il moyen de recharger son appareil photo facilement? Sur la dernière photo (celle des nouilles), es-tu dans un wagon dortoir (celui où tu dors?)?
    Je te pose quelques questions sur le sujet car un voyage en transsibérien me dirait bien (je commence à préparer un TDM pour 2012) donc je me renseigne ;-).
    Merci et à bientôt pour d’autres compte-rendus!


    • Sarah

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      salut jeremy, pour recharger dans le train c’est pas toujours pratique. il y a une prise pres des toilettes, c’est donc possible de recharger une batterie d’appareil photo (en esperant que personne ne se serve au passage, mais il n’y a pas beacuop de vols dans le transsiberien). par contre, laisser un ordi pas possible… ou sinon, il faut faire copain avec son hotesse/hote de wagon, qui disposent d’une prise dans leur compartiment, mais ils n’acceptent pas tous qu’on s’en serve… et oui, je dormais dans un wagon dortoir, c’est la troisieme classe… nettement plus sympa qu’un compartiment pour vivre l’ambiance du train. bises


  2. Emily Zanier

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    Ah j’adore la premiere photo, t’as vu la tronche que je fais en face de la statue de Lenine, trop drole!
    Ah sinon, ca me rappelle tous pleins de bons souvenirs tout ca! Ah le coup du steward, faudrait que je raconte ca dans mon blog, c’etait le plus marrant. Je te filme et te dis: « oh y’a un mec steward pas mal, vas lui montrer ton ticket histoire de lui parler en faisant comme si on cherchait notre wagon. » Et il se trouve que c’etait notre wagon, j’etais sur le cul, il etait trop sympathique tout de meme. Et c’etait le seul steward homme de tout le train, vachemnent de chance quand meme!
    Et toi en photo avec des nouilles, ca me rappelle bien avoir pris des centaines de photos de Sarah avec de la bouffe locale, ca te plait bien ca! C’est vrai que ca rappelle bien les bons souvenirs de faire un blog.
    Bon et sinon en Australie normalement, c’est 12 mois d’ete, il suffit juste de se deplacer dans le pays au bon moment au bon endroit!


    • Sarah

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      coucou, oui, la photo elle est trop forte… je crois que tu voulais imiter la tronche de lénine sur la statue il me semble… et merci de rappeler l’anecdote du steward, c’était effectivement très marrant de réaliser qu’en fait c’était celui de notre wagon, alors qu’on croyait qu’on était encore à deux ou trois wagons du notre… quant aux nouilles chinoises, finalement, je suis bien contente de plus avoir à manger ça!!! ces derniers temps, c’était surtout pizza et burgers… la bouffe locale en thailande, j’en ai marre!! je veux un steak saignant!! une fondue savoyarde!! du fois gras!! mais tu vas rester douze mois alors en australie??? quand est-ce que tu rentres???


  3. Pierre Desrochers

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    Quelle bonne idée de partager ! Félicitations pour tes photos qui sont sensationnelles lorsque je les compare à ce que j’ai vu ce jour. Je partirai de Montréal (Canada) dans 6 jours (16 mai 2011)pour Vladivostok et revenir vers Moscou par le Transs. Il y a beaucup d’inconnues pour moi, mais ton reportage m’inspire beaucoup de confiance et j’ai 4 moi d’étude de la langue russe. Y a-t-il un accès wifi sur le train ? Merci, j’ai hâte de vivre une expérience aussi enthousiaste que toi.

    Pierre


    • Sarah

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      Génial!! tu vas faire un super voyage!! par contre, il n’y a pas d’accès wifi dans le train. j’aurais beaucoup aimé aller jusqu’à vladivostok. ça sera un procahin voyage j’espère!! à bientôt.


    • Vignon frederic

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      Salut Pierre peut on te poser quelque questions sur ton voyage ?
      Nous sommes deux copains et voulons prendre le TSB du 15 septembre a fin Octobre dans un sens ou dans l’autre en prenant le temps.
      Faut il prendre son ou ses billets a l’avance dans la première gare de départ, et figer ainsi d’office les haltes possibles sans pouvoir varier selon les rencontres ou l’humeur des villes visitées, ou peut on prendre les billets a chaque gare sans problèmes ?
      Pour prendre les billets Si on ne parle pas le RUSSE ce qui est notre cas a l’un et l’autre est possible ou impossible de se faire comprendre, des personnes au guichet, comment faut il faire, ou comment font ceux qui sont soumis a ce problème ?

      a tu un conseil en particulier, ce voyage a t-il été pour toi un moment important et y a til un point qui mérite d’estre dit a des néofites comme nous ?
      si mes question ne t’ennuient pas et bien tout réponse sera un vrai plaisir, merci d’avance.
      Frédéric


      • Sarah

        Répondre

        salut frédéric, je ne sais pas si Pierre verra tes questions, mais en tout cas, pour ce qui me concerne, je peux te répondre aussi… Puisque vous avez pas mal de temps pour votre voyage, tu peux prendre tes billets au fur et à mesure. De toues manières, quand on voyage sur le transsibérien et qu’on fait plusieurs stop, on doit acheter plusieurs billets. Par contre, je vous conseille, dès que vous arriverez dans une ville, de prendre votre billet pour l’étape suivante, car les trains peuvent aussi être complets. Mais bon, septembre et octobre, ça n’est pas la haute saison, donc ça va.
        Pour se faire comprendre au guichet, par contre, c’est un peu compliqué. Aucun guichetier ne parle un mot d’anglais. Avec un peu de chance, vous trouverez quelqu’un dans la queue prêt à vous aider, mais ça n’est pas toujours le cas. En fait, il vaut mieux arriver au guichet en sachant déjà quel billet de train exactement on veut acheter parce que sinon on s’en sort pas. Moi, j’avais regardé les billets sur le site realrussia.co.uk Ya tous les trains qu’on peut prendre et c’est en anglais, donc ça permet de choisir le train qu’on veut prendre et ensuite de se pointer au guichet en demandant un train précis (l’idéal: trouver un russe qui pourra écrire le train que vous voulez en cyrillique, comme je l’ai fait). Bon, ça a l’air peut être un peu compliqué comme ça, mais tu sais, faut pas trop s’inquiéter, on trouve toujours une solution de toutes manières… 🙂
        pour le conseil en particulier, moi je conseille de voyager en troisième classe. c’est là où on vit beaucoup plus l’ambiance « transsibérien » et qu’on peut rencontrer des gens… parce qu’enfermé à bouquiner dans son compartiment, je vois pas l’intérêt du voyage… et sinon, il faut pas hésiter à aller à la rencontre des russes. Ils peuvent paraître un peu froids au premier abord, et ça n’est pas eux qui feront le premier pas… Mais si tu fait l’effort d’aller vers eux, ils sont super généreux. Toujours prêt à vous offrir à boire ou à manger.
        et sinon, faire des bonnes provisions pour le trajet! thé, bière, vodka, nouilles déshydratées, gâteaux… même si de toutes manières, on se ravitaille toujours en cours de route avec les vendeurs sur les quais… Bon voyage e tout cas! Bises


  4. Pourmoietpourtoi

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    Salut Sarah! J’ai une question: les vendeurs à la sauvette font-ils des prix chers? Que vendent-ils, les boissons sont de quelles contenances? Merci beaucoup pour toutes ces explications!


    • Sarah

      Répondre

      salut, ah non, ça coute vraiment pas grand chose… tu peux acheter des beignets, poissons, charcuterie… et pour les boissons, sodas, bière…


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