Après la balnéaire escapade de Nida, les deux dernières capitales baltes s’enchaînent rapidement. Trois jours à Riga, deux jours à Tallinn, neuf voitures, un couple de touristes allemands qui nous fait faire des étapes dans des châteaux, un hôte couchsurfeur letton tatoué piercé et éleveur de cafards, un concours de barman à Riga… Le train-train quotidien…

Ce mardi 24 août au matin on est au taquet… Lever 8 heures du mat’ On est à Tallinn, capitale de l’Estonie, et demain soir, c’est notre grand rendez-vous: U2 à Moscou!! Plus de 1.000 bornes à enquiller d’un coup! Normalement, on aurait dû déjà être en Russie. Mais on a pris beaucoup de retard sur notre planning originel. C’est aussi l’avantage de l’auto-stop. Flexibilité maximum. On part quand on veut partir. Et on est souvent restées plus longtemps dans les villes qu’on aimait bien… Mais là, difficile de négocier un report du concert du plus grand groupe de rock du monde.
Rallier Tallinn à Moscou en si peu de temps est un vrai défi. L’auto-stop, ça peut être très aléatoire. On peut trouver une voiture qui nous amène direct à destination en 5 minutes (comme de Paris à Cologne), ou galérer pendant quatre heures pour juste réussir à sortir d’une grande ville (de Cologne à Berlin). Notre trajet nécessite plusieurs étapes intermédiaires. D’abord, Narva, la frontière entre l’Estonie et la Russie, puis Saint-Petersburg, où malheureusement on n’a pas le temps de s’arrêter (on y reviendra après), et enfin Moscou!! On n’aime pas trop faire du stop de nuit, mais là on n’aura pas le choix.

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10 heures du matin et on est enfin prêtes à partir. Le compte à rebours est lancé. Le concert de U2 est dans 34 heures… Quelques gouttes de pluie tombent sur les rues médiévales de Tallinn et il faut déjà enfiler les K-Way. On prend le tram pour sortir du centre-ville et au terminus, on se poste sur le bas côté, bien en évidence avec notre panneau « RUS ». Personne ne s’arrête et la pluie redouble d’intensité. On se réfugie dans une station-service un peu plus loin. On fait les fonds de nos poches pour pouvoir s’acheter une pizza avec nos derniers krooni. Une vraie misère, on n’a même pas assez d’argent, mais heureusement, le serveur est cool et accepte de nous faire un discount. Il est midi passé et on est toujours à Tallinn…

La station-service est vraiment minuscule et la majorité des clients vient pour acheter des pizzas à emporter. Impossible donc de trouver une voiture qui nous rapproche de la frontière russe. Un automobiliste nous propose au moins de nous déposer un peu plus loin, à une plus grosse station-service, où on devrait avoir plus de chance de trouver une voiture qui sorte de la ville.

Deuxième station-service, cinq kilomètres plus loin. Plus grosse certes, mais juste à la sortie d’un centre commercial… Pareil: la majorité des voitures restent dans le coin. A nouveau la galère. Il pleut des trombes d’eau, donc impossible de se mettre sur le bord de la route pour tendre le pouce. Au bout d’une longue heure d’attente, un couple accepte enfin de nous prendre. On ne comprend pas très bien où ils vont, mais c’est dans la direction de la frontière russe. Espérons qu’ils nous emmèneront le plus loin possible… La Russie est encore à 200 kilomètres.

Déception. À peine 40 kilomètres et on est à nouveau en carafe sur le bord de la route. Une station-service microscopique. Genre un véhicule tous les quarts d’heure. On tente de prendre notre mal en patience. On n’a même plus un kroon en poche histoire de boire un café. Il pleut toujours et le moral fait grise mine. 15 heures de l’après-midi. A ce rythme là, on n’est pas prêtes d’arriver à Moscou…

Un père et ses deux fils nous embarquent pour un nouveau bout de route. A peine plus de 40 bornes non plus. Même pas de station-service cette fois. Juste un pauvre abris-bus qui au moins nous protège de la pluie. Il est 16 heures de l’après-midi. Un vrai cauchemar l’auto-stop en Estonie. C’est bizarre comme il y a des pays où il suffit d’attendre 5 minutes au bord de la route pour qu’une voiture nous prenne, à l’instar de la Pologne par exemple, et d’autres, où on peut rester deux heures en galère sans personne qui s’arrête… On commence d’ailleurs sérieusement à s’inquiéter pour notre timing. Comment va-t-on réussir à être à Moscou dans les temps??

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Après deux très longues heures d’attente, une nana finit enfin par s’arrêter. Génial!! Elle va à Narva, la ville-frontière entre l’Estonie et la Russie. Il est 18 heures… On est parties depuis huit heures, et on a fait 89 kilomètres… Une moyenne désespérante d’un peu plus de 10 km/heures. U2 semble en suspens…

Trois heures plus tard, quelque part entre deux pays. A chaque passage de frontière terrestre, j’adore ce moment où on est virtuellement nulle part. Déjà sorties d’Estonie, pas encore rentrées en Russie. On doit traverser à pied le pont qui enjambe la Narva, le fleuve qui fait frontière naturelle entre les deux pays. On prend notre temps pour profiter de cet instant magique. Il nous reste 800 kilomètres à faire et on ne sait pas si on arrivera à temps à Moscou pour voir U2 mais on est sur le point de rentrer en Russie. Tout en auto-stop depuis Paris!! Passeports dument tamponnés, on arrose ça à la micro-boutique derrière le poste frontière avec nos premières bières russes. On dépense nos premiers roubles tout en découvrant l’écriture cyrillique. On est en Russie!! Whaouhh!!!!

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Requinquées par deux mauvaises pizzas on se poste juste derrière les barrières de la frontière pour trouver notre prochaine voiture. Il est 22 heures et la nuit s’annonce longue!! L’endroit est idéal. Tous les véhicules sont obligés de s’arrêter pour passer. J’enfile mon gilet jaune fluo pour être mieux visible dans le noir, et en une vingtaine de minutes on trouve notre voiture. Direction Saint-Petersbourg, à 150 kilomètres de là.

Traversée expresse de la ville de Pierre-Le-Grand dans le noir. C’est dommage qu’on soit obligées de filer direct à Moscou. Mais on a prévu de revenir dans les prochains jours. Notre chauffeur fait mine de nous déposer sur le trottoir. Oulala, pas question… On lui demande de nous arrêter dans une station-service. Aucune envie de se retrouver en pleine rue à minuit avec tous nos sacs pour faire du stop.

Et encore une station-service. Qu’est-ce qu’on en a fait des station-service depuis notre départ. Souvent l’endroit idéal pour faire du stop. On peut discuter avec nos futurs chauffeurs et voir à qui on a affaire. Et c’est surtout l’occasion d’attendre bien au chaud, avec à boire et à manger. Pas beaucoup de passage à cette heure là. On attend tranquillement en grignotant des chips. Moscou est encore loin (plus de 650 km), mais on s’en rapproche tout de même. Notre objectif: trouver une voiture qui nous amène direct dans la capitale russe. Si on doit à nouveau s’arrêter en chemin dans des station-service encore moins fréquentées que celle-là, on s’en sortira jamais.

Entre deux poignées de chips, on va chacune son tour aborder les rares clients venus remplir leur réservoir. La déception quand je tombe sur un groupe de jeunes sympas qui vont bien à Moscou, mais leur van est chargé à ras-bord. Impossible de rajouter deux personnes plus deux gros sacs. Il faut attendre encore. Et espérer.

Cette fois-ci, c’est un gros 4×4 noir, toutes vitres teintées qui arrive à la pompe. Son conducteur, l’air jovial et juvénil termine de faire le plein lorsque je vais à sa rencontre. Bingo!! Il va à Moscou et est OK pour nous emmener. Il suffit juste que je retourne à l’intérieur chercher Emily qui garde toutes les affaires. Un léger détail retient toutefois mon attention. J’ai pris l’habitude, à chaque fois qu’on fait du stop, de mémoriser le numéro de plaque d’immatriculation de la voiture dans laquelle on embarque. Une fois à bord, je le note sur mon calepin. On ne sait jamais. Si une fois à bord on a quelques soucis, je me dis que je peux au moins envoyer un SMS d’urgence permettant à la police d’identifier notre véhicule. Ca peut aussi servir en cas d’arrêt pipi, si notre chauffeur a la mauvaise idée de nous fausser compagnie avec nos sacs-à-dos dans son coffre… Une précaution qui ne nous a bien heureusement jamais servi jusqu’à présent. Mais là, il y a juste un petit problème. Le gros 4×4 noir en question n’a pas de plaque d’immatriculation… Un beu bizarre tout de même. Je rentre donc dans la station-service pour demander conseil à Emily. « Je crois que j’ai trouvé notre voiture pour Moscou, mais il y a un problème, elle n’a pas de plaque d’immatriculation… On fait quoi??» On ressort toutes les deux avec nos sacs pour se faire une idée. Le conducteur a un passager et ils nous accueillent tous les deux pour nous aider à porter nos sacs. « Oh mais ils ont l’air cool… moi je les sens bien en tout cas » me répond la miss. A vrai dire moi aussi je les sens bien. C’est le plus important d’ailleurs. Faire confiance à son instinct. Les mecs louches qui vous regardent de travers ça se sent tout de suite. Y a des clignotants rouges qui se mettent en marche quelque part dans le cerveau. Et là, RAS… Alors allons-y!! En route pour Moscou!!

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Il est une heure du matin et on peut presque crier victoire. Sauf incident, on sera demain matin dans la capitale russe, largement à temps pour assister le soir au concert de U2. Ou tenter d’assister, puisque le concept est de trouver des billets gratos devant le stade… Mais ça, c’est l’épisode suivant… Pour l’instant, on savoure le soulagement d’être installées confortablement à bord d’un énorme 4×4. Sièges en cuir, intérieur spacieux, musique en stéréo… On n’aurait pas pu trouver mieux!! Le coup de chance final après toute une journée de stop galère à travers l’Estonie. Avec en plus deux compagnons de voyages super sympas. Alex et Boris viennent d’acheter cette voiture à Saint-Petersburg et la ramènent à Moscou. Apparemment, le fait de ne pas avoir de plaque d’immatriculation n’est pas un problème en Russie nous disent-ils.

Les kilomètres défilent derrière les vitres fumées. Un peu trop vite d’ailleurs car on se fait même stopper par la police. Avec Emily on pense qu’il y a un problème à cause de l’absence de plaque. Mais pas du tout. C’est juste un léger excès de vitesse. Résolu en toute simplicité grâce à un petit billet glissé dans la poche du flic nous apprend Alex en reprenant le volant après un rapide interrogatoire de routine. Bienvenue en Russie!! Un pays où rouler sans plaque d’immatriculation n’est pas un problème et où les excès de vitesse se règlent en espèce dans la poche du flic… Ca fait tout juste quelques heures qu’on est sur le territoire russe et on se sent déjà dans un autre monde. C’est toujours l’Europe, mais plus tout à fait quand même…

Il y a neuf à dix heures de route avant de rallier Moscou. Le temps de dormir un peu après cette journée épuisante à faire du stop. On découvre peu à peu les différents gadgets du 4×4. Les sièges arrières sont eux aussi équipés d’un véritable tableau de bord avec tout un tas de petits boutons mystérieux. L’espace d’un instant, je suis prise d’un doute. Mais quelle est cette chaleur que je sens sous mes fesses? C’est curieux, j’ai une hallucination sensorielle ou mon siège est-il en train de chauffer?? J’en fais part à Emily qui, un peu surprise, me dit que non, elle ne sent pas de chaleur suspecte sous ses fesses… Hmmm… Que se passe-t-il? A moitié morte de rire, j’explique le problème à Alex, qui me répond, tout aussi mort de rire que j’ai juste du actionner par mégarde le bouton de « siège chauffant »… Des sièges chauffants… Mais j’ai jamais vu ça dans une voiture!! Faut dire que j’ai pas trop l’habitude de voyager dans des véhicules de ce standing!! Et effectivement, un des boutons sur le mystérieux tableau de bord actionne le chauffage des sièges arrières… Ahlala, on n’arrête pas le progrès… Toute contente de cette découverte, Emily actionne elle aussi son bouton de siège-chauffant. Trop confort cette petite virée en stop!!

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Le reste de la nuit est entrecoupé entre sommeil et demi-sommeil. Alex conduit d’une traite sans s’arrêter. Peu avant l’entrée dans Moscou, vers neuf heures du mat, on fait quand même une pause petit-dej dans une station-service. Royal, notre chauffeur nous offre café et croissants et nous voilà partis à l’assaut des embouteillages moscovites. L’entrée dans Moscou est un grand moment. On hurle de joie dans la voiture!! Paris-Moscou en auto-stop: WE DID IT!! Cette idée, sortie d’une boutade entre copines il y a quelques mois, est devenue réalité! On découvre avec des grands yeux les grandes barres d’immeubles de la capitale russe. « Qu’est-ce que vous voulez voir en premier à Moscou », nous demande Alex. « La Place Rouge » répond-on en choeur!

Et vers 10 heures du mat, on se fait déposer par un énorme 4×4 noir, toutes vitres fumées et sans plaque d’immatriculation, à 50 mètres de la Place Rouge!! On prend congé chaleureusement de notre chauffeur et son ami, et lestées de nos gros sacs-à-dos, on se précipite pour fouler les pavés de la place mythique. On y est!! Devant le Kremlin et aux pieds des coupoles colorées de la Basilique Saint-Basile. Epuisées par 24 heures de stop « non-stop » depuis Tallinn, mais tellement heureuses. Trente jours pile après avoir quitté Paris. Trente-quatre voitures et camions nous ont permis de traverser toute l’Europe pour arriver jusqu’ici. Et ce soir, on a rendez-vous avec Bono!! Lire la suite: U2 en concert à Moscou.

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Photos Emily et Sarah

En vidéo: Paris U2 Moscou Episode 9: Couchsurfing insolite à Riga

Paris U2 Moscou – Episode 9: Couchsurfing insolite à Riga from Emily&Sarah Travels on Vimeo.

Paris U2 Moscou Episode 10: Galères d’auto-stop en Estonie

Paris U2 Moscou – Episode 10: Galères d’auto-stop en Estonie from Emily&Sarah Travels on Vimeo.

Paris U2 Moscou Episode 11: Objectif Moscou

Paris U2 Moscou – Episode 11: Objectif Moscou from Emily&Sarah Travels on Vimeo.



Un billet gratuit en échange d'un sourire pour U2 à Moscou
Squat improvisé sur un yacht au bord de la mer Baltique

9 commentaires pour “Les 24 heures du stop: de Tallinn à Moscou”

  1. Lucie

    Répondre

    Paris-Moscou en un mois, pas mal du tout! En tout cas ces petites aventures donnent envie d’en faire autant! Continuez à en profiter toujours autant!


  2. Emily Zanier

    Répondre

    Ah les sièges chauffants du 4X4, quel confort!!
    Et je lui décernerais la palme d’or du meilleur véhicule de notre Pairs-Moscou en stop!


    • Sarah

      Répondre

      c’est vrai ça bonne idée!! je devrais faire une sorte de palmares.. le meilleur chauffeur, le pire, le plus beau… y aura aussi la catégorie camion…



  3. Felicitation pour votre Paris Moscou en 1 mois et vos 800KM EN 1 jour, nous n avons jamais fait autant.

    Que de suspens pour ne pas savoir encore si vous avez vu U2 ou non.

    J espere que votre sejour en Chine se passe bien.
    Nous sommes un peu decu que le stop soit un concept inconnu en Chine car c etait un excellent moyen de faire des rencontres avec les locaux. On sait qund meme que cqa fonctionne quand il n y a pas de station de bus dans le coin.


  4. benoit

    Répondre

    bonjour sarah,
    je voudrais te demander un complément d’infos sur ton experience au niveau de l’obtention du visa puis du passage de la frontiere russe, je prevois d’aller en stop en russie mais j’ai l’impression qu’ils exigent un contact sur place et des dates précises, en attente de ta réponse,
    cordialement


    • Sarah

      Répondre

      pour le visa, je suis passée par l’agence Action Visas http://www.action-visas.com/?AspxAutoDetectCookieSupport=1 ça coûte un peu plus cher, mais comme ça c’est eux qui s’occupent de toutes les formanités, notamment de la letre d’invitation… quand tu fais le demande de visa, tu dois déclarer ton itinéraire à l’avance, mais bon, tu peux mettre des trucs bidons, ils vérifient pas… moi j’avais mis que je passerai 15 jours à st petersbourg, puis 15 jours à moscou… ce que je n’ai pas fait du tout dans la réalité… Bon voyage!


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