Visiter Charleroi? Mais quelle drôle d’idée pourrait-on penser. Ravagée par la désindustrialisation, l’ancienne capitale du pays Noir a tout de même été élue « ville la plus laide du monde » par un journal hollandais en 2008. Sans compter la triste lumière jetée sur la ville par l’un de ses plus célèbres habitants, Marc Dutroux, qu’on surnomma le « monstre de Charleroi ». Mais c’est souvent des tréfonds de la laideur qu’émerge la plus émouvante des beautés. Quand on me demande pourquoi j’aime voyager, je réponds souvent que j’aime être surprise, découvrir des endroits inattendus, ressentir des émotions nouvelles. Il faut dire que sur ce plan là, j’ai été servie à Charleroi. Ses vestiges industriels sont empreints de poésie urbaine. On pourrait se croire en plein film de science-fiction, dans une ville post-apocalyptique où les survivants mettent toute leur énergie pour rebâtir une nouvelle civilisation. Bienvenue à Charleroi, la renaissante…

Les premiers pas à Charleroi peuvent un peu rebuter. A la sortie de la gare, la « ville basse » est encore en transition. On a l’impression d’être en plein chantier, et les magasins fermés et immeubles désaffectés sont plus nombreux que ceux ouverts. Heureusement, quelques artistes ont peint des fresques de street-art sur les murs pour redonner de la vie à cet environnement peu engageant.

Entre les rues de Marchienne et du Moulin, se trouvent deux superbes fresques de l’artiste belge Sozyone Gonzalez. C’est l’univers des gangsters, en mode Belle Epoque.

Quand on passe dans la « ville haute », changement d’ambiance. Devant l’hôtel de ville de Charleroi et son beffroi, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le marché bat son plein.

On tombe sur de belles maisons de style Art Nouveau, témoignages de l’ancienne prospérité de la ville, lors de la révolution industrielle. Un des plus beaux exemples, c’est la maison dorée, avec sa façade décorée de fer forgé, de briques de couleur, de fresques et de vitraux. Edifiée en 1899, c’était la demeure d’un riche commerçant.

Pour voir d’autres édifices Art Nouveau il faut aller dans la rue Léon Bernus.

Charleroi, c’est aussi un des hauts lieux de la bande-dessinée belge. C’est là que sont nées les éditions Dupuis, avec les célèbres Marsupilami, Spirou ou encore Fantasio. Pour les fans, il faut aller visiter les stations de métro. L’arrêt « Parc » est dédié au monde du Far-West de Morris avec Lucky Lucke, Jolly Jumper et les Daltons. La station « janson » est dédiée aux éditions Dupuis et à ses personnages: Spirou, Fantasio, les Schtroumpfs…

Les belles villes qui sont devenues des villes-musées m’ennuient. Vidées de leurs habitants pour être remplacées par les touristes, elles ont perdu leur âme. Charleroi c’est tout le contraire. Quand on tombe dans une piscine, c’est quand on touche le fond qu’on peut donner un bon coup de pied pour pouvoir remonter à la surface. C’est ce qui arrive à Charleroi. La ville est tombée au plus bas et aujourd’hui ses habitants se battent pour reconstruire quelque-chose, avec la force de l’énergie du désespoir.

Surprise: c’est à Charleroi qu’on trouve le plus vaste musée de la photographie en Europe. Installé depuis 1987 dans un ancien carmel néogothique et agrandi récemment, il comporte une collection de 80.000 photographies sur un espace d’exposition de 6.000m2. Il retrace toute l’histoire de la photographie, avec une superbe collection de vieux appareils. Une visite incontournables pour tous les amateurs de photographie.

Charleroi est en pleine métamorphose grâce à un activisme culturel et artistique résolument contemporain et urbain. La ville est en train de devenir une sorte de Mecque des arts urbains.  Direction le BSP22, le Musée d’Art de la province du Hainaut. C’est en fait un musée qui privilégie les formes d’art centrées sur l’actualité sociétale et les phénomènes culturels de notre époque. Il ose présenter des artistes d’avant-garde et des expérimentations artistiques qui tissent des liens entre la danse, la musique, le théâtre, les sports urbains, les arts plastiques…

Un peu à l’extérieur de Charleroi, à Marchienne-au-Pont, se trouve un des sites culturels et alternatifs les plus hallucinants que j’ai vu: le Rockerill. Créé en 2010 dans les forges des anciennes usines de la Providence, il organise des concerts, expositions, festivals et soirées. Je l’ai seulement visité en journée, mais j’aurais trop aimé assister à l’un de ses événements. Une bonne raison pour revenir à Charleroi en tout cas!

Depuis le Rockerill, il suffit de traverser la Sambre et de rentrer à pied à Charleroi en marchant le long du chemin de hallage. On longe de superbes œuvres de street-art sur les édifices industriels abandonnés le long du parcours. Un vrai paradis pour les amateurs d’urbex!

Street-art à Charleroi, la "ville la plus laide du monde"...Street-art à Charleroi, la ville "la plus laide du monde"...

Carnet pratique pour visiter Charleroi:

Y aller: Charleroi est une ville de Wallonie. On peut y accéder en train depuis Bruxelles (50 minutes). De Lille, il faut faire un changement à Tournai (1h30 de trajet). Billets et tarifs sur Eurostar. Sinon, pour ceux qui viennent de loin et prennent l’avion, il faut savoir qu’un des deux aéroports de Bruxelles est en fait à Charleroi: Charleroi-Bruxelles-Sud. Beaucoup de vols Ryanair atterrissent en fait à Charleroi. Ce n’est pas très pratique pour aller à Bruxelles, mais du coup c’est la bonne excuse pour en profiter pour visiter Charleroi! Rechercher un billet d’avion sur Skyscanner, Kayak ou Momondo.

Où dormir: je n’ai pas dormi à Charleroi car j’ai fait l’aller-retour de Bruxelles dans la journée, mais il y a plein de nouveaux hôtels qui ont ouvert pour accueillir les voyageurs curieux qui veulent découvrir la ville. Pour les petits budgets, je vous recommande l’auberge de jeunesse de Charleroi, qui propose à la fois des lits en dortoirs et des chambres doubles pas chères. Beaucoup plus haut de gamme, il y a le Novotel Centre de Charleroi. Très belle décoration et service de qualité.

Infos complémentaires: rendez-vous sur le site de l’office du tourisme de Charleroi pour préparer votre séjour.

Visite guidée: pour une visite originale des lieux alternatifs de Charleroi, je vous recommande d’essayer le safari urbain de Charleroi Adventure.

2 commentaires pour “Charleroi, de la « ville la plus laide du monde » à la renaissance”

  1. Hey, merci pour ce petit reportage. J’avais en effet entendu parler de Charleroi pour son aspect industriel, et comment le glauque renaissait un peu de ses cendres grâce au street art. Tes photos m’ont convaincues de mettre cette ville dans mon agenda si je venais qu’à retourner en Belgique.
    🙂


  2. christinebeaucourt

    Répondre

    Je reviens de Charleroi ,la ville est sale triste , avec une population en plein désoeuvrement comme un lendemain de cuite.
    Emotions intenses et puissantes vers Marchienne le pont.
    Encore quelques beaux batiments industriels.
    Providence quand tu nous tiens


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