Vladivostok fait partie de ces villes mythiques que tout voyageur rêve de découvrir un jour. Une fascination créée en grande partie par le transsibérien, la plus longue ligne de train du monde, qui y effectue son terminus. Après plus de 9000 km depuis Moscou, tout le monde descend! On imagine alors arriver au bout du monde, mais en fait pas vraiment. Voisine de la Chine et de la Corée, et juste en face du Japon, la ville de Vladivostok est plutôt une sorte d’enclave européenne en plein Extrême-Orient.

Bout du monde ou pas, c’est en tout cas dommage de ne considérer cette ville que comme un point d’arrivée ou de départ d’un voyage en transsibérien. Quel est le sens d’aller aussi loin si ce n’est que pour faire une escale éclair ? Vladivostok a considérablement changé depuis quelques années. Longtemps fermée sur elle-même et uniquement reliée à Moscou, distante de sept fuseaux horaires, elle s’ouvre maintenant vers ses voisins asiatiques. Après de grands travaux de rénovation et d’embellissement à l’orée des années 2010, c’est en train de devenir une sorte de San Francisco russe, une ville branchée avec plein de bars et de restos sympas. Après avoir pas mal voyagé en Russie, je peux dire que c’est une des villes où les gens parlent le mieux anglais. Rien à voir avec l’accueil un peu bourru qu’on peut recevoir à Saint-Pétersbourg ou à Moscou: à Vladivostok les russes ont le sourire plus facile et sont contents de voir des étrangers qui ont parcouru autant de milliers de kilomètres pour venir découvrir leur ville.

Que faire, que voir à Vladivostok ?

Pour ma part, ce n’est pas en transsibérien que je suis arrivée à Vladivostok, mais en bateau. J’ai pris un ferry depuis le Japon. Vraiment séduite par la ville, j’y suis restée deux bonnes semaines avant de prendre le train en direction de Moscou, avec de nombreuses étapes en Extrême-Orient et en Sibérie. Bien sûr il n’est pas nécessaire de rester aussi longtemps pour visiter Vladivostok (j’ai passé beaucoup de temps dans les cafés pour écrire mes articles de blog et travailler), mais un séjour de trois ou quatre jours c’est un bon timing. Si la météo s’y prête en tout cas, car c’est un facteur qui change énormément la perception qu’on peut avoir de la ville et de ses environs…

Monter au point de vue du Nid d’Aigle

La première chose à faire en arrivant à Vladivostok, c’est de monter sur la colline du Nid d’Aigle pour voir le point de vue sur la ville. On peut y aller à pied ou alors en empruntant le funiculaire. Juste devant la statue des saints Cyrille et Méthode, se trouve une plateforme d’observation avec une superbe vue sur la baie de la Corne d’Or. La baie de Vladivostok a été nommée ainsi en raison de sa ressemblance à la baie de la Corne d’Or d’Istanbul. Juste à nos pieds: le spectaculaire pont à haubans Zolotoy. Très photogénique, il a été construit en 2012, lorsque Vladivostok a accueilli un sommet de l’Apec et a été massivement rénovée à cette occasion. Maintenant c’est devenu un symbole de la ville.

C’est juste derrière la statue des saints Cyrille et Méthode qu’on trouve la plus belle fresque de street-art de Vladivostok, qui représente un tigre, emblème de la ville. Le tigre de l’Amour, ou tigre de Sibérie, a frôlé l’extinction au milieu du XXème siècle, mais maintenant c’est une espèce protégée en Extrême-Orient russe. On en dénombre environ 500, essentiellement dans la réserve de Sikhote-Alin, au nord de Vladivostok, dans la région de Primorié. J’aurais bien aimé pouvoir aller dans cette réserve, mais il faut savoir que par voie terrestre il faut quand même compter 11 heures de voiture depuis Vladivostok. Les distances sont immenses en Russie, on a parfois du mal à le réaliser en regardant une carte.

Flâner dans le centre-ville

Le centre ville de Vladivostok s’articule autour de la jolie petite rue pavée, Fokina oulitsa, qui plonge vers la mer. C’est là qu’il y a la plupart des restos et cafés sympas (voir plus bas mon carnet d’adresse). C’est dans les environs d’ailleurs que je recommande de réserver un hôtel. Dans les cours et ruelles cachées, on tombe souvent sur de jolies fresques de street-art ou des boutiques originales. Il ne faut pas manquer le passage entre la rue Fokina et ulitsa Svetlanskaya.

Les églises orthodoxes de Vladivostok

Chaque ville de Russie possède son lot de belles églises orthodoxes avec des dômes dorés et colorés, et bien sûr, Vladivostok ne déroge pas à la règle. Elle n’était pas encore terminée quand j’y étais, mais c’est la première qu’on voit en arrivant: la cathédrale de la Transfiguration, sur la place de la Révolution (photo de gauche). Sinon, la plus belle, c’est la cathédrale de l’Intercession. Elle se situe un peu en hauteur dans la ville, à l’entrée d’un grand parc où il fait bon venir se promener s’il fait beau.

La forteresse de Vladivostok

La forteresse de Vladivostok, édifiée à la fin du XIXème siècle est un des principaux témoignages de l’histoire militaire de la ville, qui a longtemps été l’avant-poste de l’Empire russe côté Pacifique. A l’extérieur, on peut voir des engins militaires exposés et à l’intérieur, un petit musée avec pas mal d’objets historiques, des armes et des cartes de la région.

Le sous-marin S-56

Situé sur le front de mer, c’est un sous-marin de la Seconde Guerre mondiale. La visite est très rapide avec peu de choses à voir, mais c’est tout de même marrant de se faufiler dans les petites galeries du vaisseau militaire, avec la salle des officiers dominée par un portrait de Staline et la salle des torpilles.

Le musée régional Arsenev

En arrivant à Vladivostok, on a vraiment envie de comprendre l’histoire de l’Extrême-Orient russe. Comment les russes ont-ils conquis un territoire aussi immense, comment s’est passée la colonisation, quelle est la situation des peuples autochtones de la région… A vrai dire, le musée apporte peu de réponses à toutes ces questions, peut-être car tout n’est pas traduit en anglais. Cela vaut sûrement le coup d’avoir une visite guidée pour en apprendre davantage.

Le phare Tokarevsky

Le phare Tokarevsky se situe à l’extrémité sud-est de Vladivostok. En transports en commun c’est un peu loin d’y aller, car il faut prendre le bus, puis ensuite marcher une petite demi-heure. Construit en 1910, sa tour d’une hauteur de 12m est très photogénique. Pour rentrer en ville, je recommande de faire du stop à la sortie du parking… Ca gagne pas mal de temps.

L’île Russky

Longtemps réservée à un usage militaire, l’île Russky n’a été ouverte au public que dans les années 2000. C’est un véritable paradis naturel avec un immense potentiel touristique. Par contre, il y a peu d’infrastructures, donc ça n’est pas très facile de trouver son chemin et il y a peu d’endroits pour se restaurer. Mieux vaut emmener son panier pique-nique! Les photos parlent d’elle-mêmes: c’est vraiment un site magnifique et très sauvage. Il faut absolument y consacrer une journée entière lors d’un séjour à Vladivostok. On peut y accéder en bus, avec le numéro 29 ou le 15. J’y suis allée avec une famille russe que j’avais rencontrée via couchsurfing: c’est plus facile avec des locaux, car il y a vraiment peu d’indications sur les endroits où aller. C’est la sortie préférée des habitants lors des dimanche ensoleillés, donc allez-y ce jour-là si possible: c’est plus simple quand il y a d’autres promeneurs pour demander son chemin. Pendant la semaine, les sentiers sont quasi-déserts.

C’est sur l’île Russky qu’il faut aller pour avoir l’impression d’être au bout du monde, le fameux « bout du monde » qu’on fantasme tant en arrivant à Vladivostok. Les paysages, avec d’immenses falaises déchiquetées et des plages sauvages font un peu penser à la Bretagne d’ailleurs. Pas si étonnant: de l’autre côté du continent eurasiatique, la Bretagne, c’est aussi un bout du monde… Tout n’est qu’une question de perspective finalement. Vu de Vladivostok, Brest semble très exotique. Ce serait une bonne idée de parcours pour un grand voyage: de Brest à Vladivostok… ou l’inverse.

A voir aussi: l’Ermitage de Vladivostok

Je n’ai pas pu y aller lors de mon séjour à Vladivostok, car c’était en travaux, mais ce sera bientôt une des principales attractions de la ville: l’Ermitage, le musée de Saint-Pétersbourg, va ouvrir une annexe à Vladivostok. Il y aura des expositions temporaires avec des œuvres en provenance du prestigieux musée. Assurément une bonne raison pour ma part de revenir un jour à Vladivostok.

Carnet pratique pour visiter Vladivostok

Se déplacer: le centre-ville de Vladivostok n’est pas très grand, donc on peut faire l’essentiel à pied. Il ne faut pas avoir peur de monter et descendre toutefois, car la ville est remplie de collines. Sinon le réseau de bus est assez efficace, même si les embouteillages sont fréquents. L’idéal c’est d’acheter une carte sim russe pour avoir accès à Google Map (cf mon article sur tous mes conseils pour un voyage en Russie). Pour prendre un taxi, je recommande vraiment d’utiliser les applications comme Uber, Gett ou Yandex. Attention, une fois qu’on est sur l’île Russky, ça peut être compliqué de revenir car il y a peu de réseau et pas de taxi. Si on ne trouve pas de bus pour rentrer, mieux vaut tenter l’auto-stop!

Où manger: Vladivostok est une ville dynamique en plein essor et il y a plein de bonnes adresses pour bien manger, et pour tous les budgets. Le rouble étant assez faible par rapport à l’euro et au dollar c’est facile de se faire plaisir dans un bon restaurant pour pas cher. Pour manger des spécialités russes, rapide et bon marché, je recommande le Lozhki Ploshki Pelmennaya (Svetlanskaya St, 7). Aux heures de pointe il y a du monde, mais c’est parce que c’est bon et pas cher. On peut y tester différentes sortes de pelmenni, les raviolis russes et autre spécialités typiques. Pour manger russe, mais plus haut de gamme, il faut aller au Svoy (Ulitsa Admirala Fokina, 3), en plein cœur de la rue piétonne de Vladivostok.

Spécialités russes au Lozhki Ploshki Pelmennaya

Kafe Pyongyang. Vladivostok est tout proche de la Corée du Nord. En cherchant sur internet, on peut d’ailleurs trouver des voyages organisés pour y aller. Par contre, cela nécessite d’avoir un visa multi-entrées pour la Russie pour pouvoir revenir. A défaut d’aller jusque là-bas, on peut avoir un petit avant-goût de ce pays méconnu en allant manger dans un restaurant nord-coréen: le Kafe Pyongyang. C’est un peu excentré au sud de Vladivostok. Financé par les autorités nord-coréennes, on peut y manger des spécialités coréennes comme le bibimbap (riz avec de la viande émincée des légumes et un oeuf sur le plat). La décoration est un peu kitsch et parfois les serveuses se lancent dans des chants au karaoke.

Spécialités nord-coréennes au Kafe Pyongyang

Pour changer des spécialités russes ou asiatiques, je vous recommande le Cafe Lima (Okeanskiy Prospekt, 11). On y mange très bien et pas cher du tout. C’est aussi une bonne option pour les végétariens ou vegans.

Où dormir: j’ai passé l’essentiel de mon séjour à la Guesthouse Vladivostok. Super bien situé en plein centre-ville, c’est en fait un grand appartement avec à la fois des chambres simples ou doubles et des petits dortoirs. Très bon rapport qualité-prix et on s’y sent comme  à la maison. Le seul désavantage, c’est qu’il faut monter à pied les cinq étages. A ne pas recommander pour ceux qui ont une grosse valise, mais sinon la vue est magnifique.

Ma chambre et le salon commun à la guesthouse Vladivostok

Golden Horn Bay View: c’est un hôtel récent, avec plusieurs options possibles, des dortoirs aux chambres ou même studio. Mention spéciale pour les dortoirs d’ailleurs: j’en ai rarement vu d’aussi confortables avec autant de place. On a vraiment sa petite capsule avec rideaux et intimité. Par contre, c’est un peu difficile à trouver (comme souvent les hôtels en Russie). C’est à l’intérieur d’une cour d’immeuble et en haut d’une colline, donc mieux vaut prendre un taxi si on est chargé pour les bagages.

Dortoir au Golden Horn Bay View

Où sortir: Vladivostok est une ville sympa pour sortir le soir, notamment le week-end! Voilà les trois adresses que j’ai préférées. Dans les trois il y a souvent de la musique live, une bonne ambiance et les boissons ne sont pas chères. Le Mumiy Troll Music bar (Pogranichnaya Ulitsa, 6) est un des bars les plus connus de la ville. Le week-end il y a du monde alors mieux vaut arriver tôt! L’entrée est parfois payante en fonction de l’affiche. L’Ozzy bar (Ulitsa Aleutskaya, 14а) est plus confidentiel et plus difficile à trouver, mais c’est très sympa et on n’a quasiment aucune chance d’y tomber sur des touristes (mise à part ceux qui auront lu cet article…). Pour les amateurs de jazz, direction le Contrabenda Club (Ulitsa Admirala Fokina, 19): l’entrée est dans une petite cour et pas évident à trouver, mais ça vaut le coup d’y aller, même en semaine. Au bar, on peut facilement faire des rencontres.

A lire: Vladivostok, neiges et moussons de Cédric Gras. Un livre bien écrit, par ce géographe écrivain qui y a vécut il y a quelques années. C’est très instructif sur la Russie et l’Extrême-Orient russe. Il déconstruit pas mal de fantasmes et de clichés qu’on pourrait avoir de cette ville. Par contre, Vladivostok a beaucoup changé depuis la parution de ce livre. L’évolution est justement intéressante à constater de ses propres yeux.

 

 




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5 commentaires pour “Mon guide de voyage pour visiter Vladivostok”



  1. Laurent

    Répondre

    Bonjour Sarah,
    Merci beaucoup pour votre blog qui donne des informations pratiques que j’espère pouvoir mettre à profit l’an prochain lors de mon voyage sur le Transsibérien.
    Cela me fait plaisir de lire le blog de quelqu’un qui aime la Russie (cela se sent) ; étudiant en russe, j’ai pour ma part découvert le pays en… 1984 ; j’ai détesté !! Mais j’y suis retourné 2 mois en 1987 et 6 mois en 1989 avant d’y partir pour 2 ans en tant qu’assistant de français dans un institut pédagogique. Puis j’y suis allé près de 40 fois en missions professionnelles entre 2010 et 2015. Je suis amoureux de la Russie et elle m’accompagne tous les jours.
    J’encourage les gens à y aller ; le seul risque encouru est… de ne plus pouvoir s’en passer.
    Encore merci ! Laurent




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