Un voyage en transsibérien, c’est un rêve pour de nombreux voyageurs. Un mythe qui fascine, car il s’agit de la plus longue ligne de train du monde, avec 9.300 km de Moscou jusqu’à Vladivostok. Cet attrait ne cesse de surprendre les Russes d’ailleurs, qui ne comprennent pas l’intérêt qu’on puisse trouver à rester des jours entiers dans un train pour son plaisir, à voir des forêts de bouleaux défiler par la fenêtre. Plus que le transsibérien, c’est la Russie en elle-même qui me fascine pour ma part. C’est le plus grand pays du monde, qui appartient à la fois à l’Europe et à l’Asie, et finalement cette ligne de train mythique offre un très bon prétexte pour le parcourir et le découvrir. Le rythme lent du train permet de mieux appréhender la singularité de la Russie, un pays immense et vide à la fois. En franchissant les fuseaux horaires un à un, le corps s’adapte plus facilement au décalage horaire. Les journées à bord ne durent pas 24 heures, mais 23 ou 25 selon le sens dans lequel on voyage.

Mettons fin tout d’abord à quelques idées reçues. Déjà, le transsibérien n’est pas un train spécifique, mais un réseau de lignes de train. Certains font la totalité du trajet, Moscou-Vladivostok, mais la majorité ne parcourt qu’un tronçon. Idée reçue numéro 2: c’est un voyage qui coûte cher. Et bien c’est faux! On peut faire Moscou-Vladivostok pour le même prix, voire moins, qu’un Paris-Lyon! Après tout dépend de la gamme de confort qu’on souhaite et des étapes qu’on fait sur le parcours… Sinon il y a effectivement des agences qui vendent des voyages entre 6000 et 8000 euros, mais il s’agit de prestations de luxe, en général dans des trains spécialement aménagés pour les touristes aisés. Idée reçue numéro 3: on peut acheter un seul billet de train et monter et descendre quand on veut… Non pas du tout! En fait, c’est comme si on veut faire Paris-Marseille et s’arrêter trois jours à Lyon: et bien on achète un Paris-Lyon, puis un Lyon-Marseille. Pareil pour le transsibérien: pour chaque étape, il faut acheter des billets de train séparés. Ce sont des trains de nuit longue distance: comment les gens se répartiraient-ils les couchettes sinon?

Mon expérience en transsibérien

En ce qui me concerne, j’ai fait deux voyages en transsibérien. En 2010, je suis allée de Moscou jusqu’en Chine, en passant par le lac Baïkal et la Mongolie. Arrêts sur le parcours: Vladimir, Nijni-Novogorod, Iekaterinbourg, Omsk, Novossibirsk, Irkoutsk, puis Oulan-Oude. Prix total des billets de train: 150 euros et durée du périple transsibérien trois semaines (sans compter Mongolie et Chine). En 2018, je suis allée de Vladivostok jusqu’à Moscou. Arrêts sur le parcours: Khabarovsk, Komsomolsk-sur-l’Amour, Tynda, Severobaïkalsk, Krasnoaïarsk et Novossibirsk. Prix total des billets de train: 280 euros et durée du périple transsibérien trois semaines. Sinon, j’ai aussi beaucoup voyagé en train en Russie sur des lignes autres que le transsibérien, notamment de Moscou jusqu’à Sotchi sur les bords de la mer Noire, en passant par Kazan notamment, ou bien de Moscou à Saint-Pétersbourg puis Petrozavodsk, en Carélie, au nord du pays. C’est une estimation grossière, mais j’ai parcouru plus de 20.000km en train en Russie.

Quel itinéraire prévoir pour un voyage en transsibérien?

Voyage en transsibérien: le guide complet

Les deux itinéraires principaux pour un voyage en transsibérien, sont le classique Moscou-Vladivostok, ou bien Moscou-lac Baïkal, puis le transmongolien pour aller à Oulan-Bator et Pékin. Après, il y a aussi des variantes de parcours, notamment sur le trajet du lac Baïkal jusqu’à Vladivostok: on peut emprunter la ligne classique du transsibérien, qui passe au sud, tout près de la frontière avec la Chine, ou alors la ligne Baïkal-Amour (BAM), qui passe plus au nord. C’est cette variante que j’ai empruntée pour mon voyage Vladivostok-Moscou en octobre-novembre 2018. A vrai dire, ce n’est pas un itinéraire que je conseille à tout le monde car c’est vraiment très « hors des sentiers battus »: il y a peu d’infrastructures touristiques sur le trajet et les villes étapes présentent peu d’intérêt. Je pense que le BAM peut être une option intéressante pour ceux qui ont déjà fait un premier voyage en transsibérien et veulent le faire une deuxième fois. A noter: une ligne ferroviaire entre Khabarovsk et Komsomolsk-sur-l’Amour permet de faire la jonction entre les deux lignes.

L’intérêt du transsibérien plus transmongolien, c’est que cela permet de découvrir trois pays en un seul voyage: la Russie, la Mongolie et la Chine. Par contre, il faut réfléchir à la question des visas car il en faut pour ces trois pays. En 2010, j’avais fait mon visa Mongol à Irkoutsk, puis mon visa Chinois à Oulan-Bator, mais il semble que ce n’est plus possible aujourd’hui de faire son visa Chinois à Oulan-Bator… Mieux vaut donc les faire avant de partir de France. De manière générale, je préfère éviter de donner des conseils sur les questions de visas car ce sont des règles qui changent très souvent. Il faut donc être prudent par rapport aux infos qu’on trouve sur les blogs de voyage et se renseigner directement auprès des ambassades ou des agences spécialisées dans la délivrance de visas.

Pour un premier voyage en Russie, je trouve que c’est plus intéressant de voyager d’Ouest en Est: on découvre d’abord la partie européenne de la Russie, la plus proche de nous culturellement parlant, pour ensuite découvrir sa partie asiatique. On part à la conquête de l’Est en quelque-sorte, ce qui fut d’ailleurs l’objectif de la construction du transsibérien: permettre de coloniser la Sibérie et l’Extrême-Orient russe. En 2018, j’ai fait l’inverse, de Vladivostok jusqu’à Moscou car je rentrais du Japon. Pour ceux qui ont du temps, c’est une bonne idée d’itinéraire: aller ou revenir du Japon sans prendre l’avion. On peut prendre un bateau entre la Russie et le Japon.

Organiser son voyage en Russie

Une fois qu’on a défini l’itinéraire global, place à l’organisation du voyage. Sur ce point-là, j’ai consacré un article long et détaillé avec tous mes conseils pour un voyage en Russie, alors allez y faire un tour (je ne vais pas tout répéter ici!). La première chose à laquelle penser c’est bien sûr le visa: moi qui n’aime pas trop m’embarrasser avec les problèmes administratifs, je préfère faire ça avec une agence spécialisée. L’info à savoir c’est que l’itinéraire qu’on doit fournir pour obtenir le visa n’est jamais vérifié a posteriori, donc pas besoin de se prendre la tête de ce côté-là. Un vrai plus avant de faire ce voyage est d’apprendre l’alphabet cyrillique: c’est très utile quand on voyage en Russie. Les panneaux des trains dans les gares sont maintenant beaucoup traduits en alphabet latin mais ce n’est pas encore le cas partout.

Ensuite il faut réserver ses billets d’avion. Pour ma part je fais toujours une comparaison sur la plupart des moteurs de recherche comme Skyscanner, Liligo, Opodo ou Bourse des Vols. Il faut savoir qu’on peut sans problème entrer en Russie avec un aller simple sans avoir de billet de sortie.

Voyage en indépendant ou organisé? C’est tout-à-fait faisable d’organiser soi-même son voyage en Russie, mais pour ceux qui préfèrent passer par une agence, vous pouvez demander un devis gratuit à Evaneos, qui propose notamment des formules individuelles à la carte. Sinon je vous recommande aussi Russie Autrement, une petite agence francophone, spécialisée sur la Russie.

Comment acheter ses billets de train?

Capture d’écran du site de la Russian Railways: on peut choisir la couchette qu’on souhaite

Acheter ses billets de train pour un voyage en transsibérien est beaucoup plus simple maintenant qu’avant car on peut le faire directement sur le site en anglais de Russian Railways. Le site est plutôt bien fait et il suffit ensuite d’imprimer ses billets électroniques ou de les télécharger sur son smartphone pour monter à bord des trains. Les horaires des trains sont maintenant en heures locales et non plus aux heures de Moscou comme c’était le cas avant 2018. Une des subtilités, c’est que les noms des villes sont parfois orthographiés différemment. Pour Moscou ou Vladivostok cela n’est pas trop compliqué car cela donne Moskva ou Vladivostok, mais il y a quelques villes pièges. Pour trouver Khabarovsk par exemple, il faudra rentrer Habarovsk, pour Iekaterinbourg, il faudra mettre Ekaterinburg ou pour Oulan-Oude, Ulan-Ude. On peut acheter ses billets jusqu’à 60 jours à l’avance. Mise à part pour ceux qui parlent russe, je déconseille d’essayer de les acheter aux guichets des gares car personne ne parle anglais. En plus, sur le site, on voit très bien les jours, les horaires, les prix et les disponibilités, donc cela permet d’organiser tranquillement son voyage devant son ordinateur ou son smartphone. Une fois qu’on a choisi sa place et rentré ses données, il faut juste décocher les cases des assurances et on peut payer par carte de crédit.

Quelles places choisir?

Les couchettes en 3e classe à bord du transsibérien: on a de la place en bas, mais très peu en haut…

Le plus délicat, c’est ensuite de choisir sa couchette. Il y a trois classes dans les trains russes: première classe, qui permet d’avoir un compartiment avec deux couchettes; deuxième classe (ou coupé) avec un compartiment quatre couchettes et troisième classe (platzkart ou open sleeping) qui est un wagon dortoir en quelque sorte. Pour avoir une idée du budget, pour un Moscou-Vladivostok, la 1ère classe est à partir de 40.000 rb (540 €), la 2e classe est à partir de 12.000 rb (161 €) et la 3e classe à partir de 5.000 rb (70 €). Attention, ce sont bien des prix « à partir de », et pas des moyennes! Les tarifs ne sont pas les mêmes en fonction des trains. Il y en a qui sont plus ou moins modernes, rapides ou confortables. Le meilleur, c’est le Rossiya (numéro de train 1 ou 2, РОССИЯ en cyrillique), mais c’est aussi le plus cher. Les prix varient aussi en fonction du moment où on réserve ses billets. A vrai dire, moi je les ai toujours acheté un peu en dernière minute, quelques jours voire une semaine avant, mais c’est vrai qu’avec ce délai on ne trouve pas forcément la place que l’on souhaite et on peut avoir du mal à en prendre deux à côté. Réserver un mois ou un mois et demi à l’avance me semble un bon compromis (par contre, pour ceux qui voyagent à plusieurs et veulent être en 2e classe dans le Rossiya: mieux vaut s’y prendre le plus tôt possible). Attention: il y a des fois certains compartiments réservés pour les femmes: c’est indiqué avec la mention « ж » (ж est le signe en cyrillique pour féminin).

Les couchettes en 2e classe. Le gros avantage: on peut s’asseoir sur la couchette du haut

Les prix varient aussi en fonction des couchettes: les couchettes du bas sont plus chères que celle du haut. Et en 3e classe, les couchettes en latéral et celles situées près des toilettes sont moins chères. Pour ma part, je déconseille vraiment de prendre les couchettes dans le bloc de six qui jouxte les toilettes, car il y a du passage toute la nuit, du bruit, de la lumière et des odeurs. Je n’aime pas beaucoup les couchettes en latéral car j’ai le sommeil léger et je suis tout le temps réveillée la nuit car beaucoup de monde passe dans le couloir. Si on voyage à deux, l’idéal je trouve, c’est de prendre une couchette du bas et une couchette du haut l’une au-dessus de l’autre dans le bloc de quatre. L’avantage de la couchette du bas c’est qu’on peut ranger les affaires dessous et qu’on peut profiter de la table toute la journée. On peut aussi y lire assis et cela demande moins de gymnastique que de se hisser sur celle du haut. Par contre, il faut accepter que le voisin du haut s’assoie dessus pendant la journée. L’avantage de la couchette du haut c’est qu’on peut faire plus facilement la sieste toute la journée et qu’on est plus au calme. En tout cas, ce sont toujours les couchettes du bas qui sont réservées en premier (malgré leur prix plus élevé), donc si vous achetez vos billets en dernière minute, il faudra vous rabattre sur celles du haut.

Convivialité et promiscuité: avantages et inconvénients de la troisième classe

Troisième classe ou seconde, laquelle choisir? A vrai dire, j’exclue à la base la première classe car c’est un budget élevé et il y a très peu de places. Choisir entre la 3e et la 2nde n’est pas juste une affaire de budget ou de confort. Pour ceux qui ont envie de faire des rencontres et de vivre la « vraie ambiance du transsibérien », je conseille la 3e. Alors c’est sûr que ça peut être bruyant et gênant pour les odeurs de pieds, mais à vrai dire, ça peut aussi arriver dans les compartiments de tomber sur un (des) voisin(s) qui ronfle très fort ou qui sent très mauvais. Et dans ces cas-là, c’est presque pire car on n’a pas « l’aération » du grand wagon. En plus, quand on voyage seul(e), je trouve que c’est mieux d’être dans en 3e: ça évite de se retrouver coincé dans un petit espace avec des voisins pénibles. En tout cas pour ma part j’ai quasiment toujours voyagé en troisième classe, sauf quand c’était complet et que j’ai du réserver en deuxième.

Que faut-il emmener dans ses bagages?

Chaussons (ou tongs) et nouilles déshydratées: les incontournables du transsibérien

Avant de monter à bord, mieux vaut penser à organiser un peu ses affaires et avoir ce dont on aura besoin dans un petit sac-à-dos ou bagage à main qu’on aura facilement à disposition. La base, c’est d’abord de prévoir des vêtements confortables, type legging ou pantalon large et tee-shirt. Il faut savoir que les trains sont très bien chauffés, voire même trop… Dès qu’ils montent dans le train, les Russes enfilent leurs chaussons, donc il faut prévoir une paire de sandales ou de tongs, c’est plus agréable pour la vie à bord. Niveau hygiène, il n’y a pas de douche, donc mieux vaut emporter des lingettes pour la toilette quotidienne. Avec le set de draps propres qu’on reçoit pour sa couchette, on a droit également à une petite serviette pour se sécher. A chacun bien sûr de prévoir une petite trousse de toilette avec brosse à dent et les produits dont on peut avoir besoin. L’eau du robinet n’est pas potable, donc mieux vaut se rincer les dents avec de l’eau minérale.

L’autre point essentiel, c’est de penser à faire quelques provisions avant monter dans le train. La nourriture la plus pratique à emporter à bord ce sont les nouilles instantanées. Il y a de l’eau chaude à volonté à bord dans le samovar, qu’on trouve dans chaque wagon. C’est pratique aussi pour se faire un thé ou un café, donc bien penser aussi à emmener des sachets de thé ou du café soluble. En général il y a un wagon restaurant, mais je trouve que les repas n’y sont pas très fameux. Et quand j’ai voyagé à bord de la ligne Baïkal-Amour, j’ai été surprise de voir qu’il n’y avait pas de wagon restaurant… C’est possible aussi de se ravitailler en cours de voyage avec les vendeurs ambulants sur les quais de la gare. On peut leur acheter toutes sortes de beignets, poissons ou autres snacks.

Séance de shopping sur les quais du transsibérien (les chaussons roses!!!)

Niveau équipement, c’est bien d’avoir une batterie externe pour pouvoir recharger son smartphone. Il y a des prises de courant à bord, mais leur nombre varie en fonction des trains. Des fois il y en a pour chaque couchette, mais parfois c’est seulement une prise pour six couchettes. Dans ces cas-là, ça peut être utile aussi d’avoir un petit bloc multiprise pour pouvoir être sûr de tout le temps avoir accès au courant tout en laissant ses voisins en profiter. Il n’y a pas de wifi à bord, et en général on capte la 3G seulement aux arrêts en gare ou à proximité des villes. Quand je voyage en Russie, j’achète toujours une carte Sim locale pour avoir accès à internet. En fonction des opérateurs, on peut avoir 10 à 20 Go pour moins de 10 euros. Il faut bien penser à demander l’option « All Russia » pour ne pas avoir de frais de roaming entre les différentes régions russes.

Pour dormir, je conseille de prendre un masque de sommeil et des bouchons d’oreille. Enfin pour s’occuper, c’est bien d’emmener quelques bouquins, un jeu de carte ou autres… Les longues heures de train sont le moment idéal pour apprendre un peu de russe grâce à un guide de conversation. En plus, cela permet d’engager la discussion avec ses voisins de couchette.

La vie à bord, comment ça se passe?

Pause-déjeuner à bord du transsibérien

La vie à bord du transsibérien se déroule tranquillement au fur et à mesure des arrêts du train. Il y en a beaucoup sur le parcours et pour les fumeurs, c’est le seul moment où ils peuvent en griller une, car sinon c’est interdit. La personne la plus importante à bord, c’est le chef de wagon, beaucoup plus souvent une femme qu’un homme d’ailleurs, qu’on appelle en russe prodvonitsa (ou prodvonik au masculin). Elle parle très rarement anglais, mais c’est notre référent à bord si on a besoin de quelque-chose ou s’il y a un problème. Mieux vaut donc redoubler d’amabilité et de sourires avec elle, même si on ne comprend pas ce qu’elle dit. C’est elle qui vérifie les billets et les passeports à l’arrivée dans le train, puis qui distribue draps et serviettes aux passagers. On peut lui acheter quelques petites provisions comme des petites bouteilles d’eau minérale ou des snacks. C’est à elle qu’il faut demander une tasse pour se faire un thé avec l’eau du samovar.

Pour les repas, chacun mange à l’heure qu’il veut bien entendu. Les Russes partagent volontiers leurs provisions avec leurs voisins, donc c’est souvent un bon moyen de faire connaissance et d’engager la conversation. Il y a quelques années, on pouvait boire de l’alcool librement, mais ce n’est plus le cas maintenant. Normalement, les seuls alcools autorisés à bord sont ceux qu’on achète et consomme au wagon-restaurant. Les voyageurs en seconde classe peuvent le faire discrètement dans leur compartiment, mais en troisième classe c’est plus difficile. Les photos et vidéos de cet article qui montrent des bouteilles de bières ont été prises en 2010, avant la restriction de la consommation d’alcool dans les trains.

Rencontres à bord du transsibérien lors de mon voyage en 2010 avec mon amie Emily

Est-il facile de faire des rencontres à bord? Alors j’ai envie de dire oui et non. Tout dépend surtout des voisins de couchette sur qui on tombe. Certains se montreront plus ouverts que d’autres, donc c’est un peu la loterie. Il faut être conscient que la barrière de la langue est quand même importante et qu’il y a peu de Russes qui parlent anglais. Il y a également peu de touristes étrangers à bord, donc cela limite les occasions de discuter. La meilleure manière de briser la glace, c’est de faire l’effort d’apprendre quelques mots en russe. C’est une bonne idée d’avoir une boite de gâteaux ou des chocolats à partager avec ses voisins. Les moments les plus propices pour communiquer et échanger sont bien sûr les repas.

Quid de la sécurité à bord pour les affaires? A vrai dire, je n’ai jamais entendu parler de vol dans un train russe et la sécurité est plutôt bonne. Personne ne peut monter dans un train sans avoir de billet et montrer ses papiers d’identité, et il y a toujours une patrouille de police qui fait des allées et venues pour vérifier que tout se passe bien. Après, mieux vaut éviter de se montrer trop confiant bien sûr. Pour ma part, j’ai toujours sur moi mes papiers, mon argent, ma carte bancaire et mon téléphone dans une pochette en bandoulière. Je ne laisse pas trainer d’affaires de valeur et mon appareil photo et mon ordinateur sont rangés dans mon bagage cabine. Pour ceux qui n’auraient pas l’esprit tranquille, ça peut être une bonne idée de prévoir un petit câble et un cadenas pour attacher ses bagages. En tout cas, il ne faut pas croire que la 2e classe est plus sûre que la 3e: dans le wagon commun les affaires sont finalement un peu sous la surveillance de tout le monde, alors que dans un compartiment, si on s’absente, un voleur pourra se sentir plus à l’aise de fouiller sans être vu par personne.

Niveau paysage, il ne faut pas trop attendre de distraction de ce côté-là en tout cas. Sur la majorité du parcours, on traverse des forêts de bouleaux et c’est un peu monotone. La plus belle partie du parcours c’est vers le lac Baïkal: c’est-à-dire entre Irkoutsk et Oulan-Oude, et entre Severobaïkalsk et Severomuysk sur le BAM. Attention donc à ne pas faire ces portions de nuit, ce serait dommage de louper le spectacle!

Quelles étapes faire en Russie?

La cathédrale Saint-Basile sur la place Rouge à Moscou

Pour ma part, je trouve qu’un voyage en transsibérien sans s’arrêter sur le parcours n’a aucun intérêt. Alors certes, c’est une expérience de vivre 5 ou 7 jours d’affilée dans un train, mais vous allez vite trouver ça inconfortable et ennuyeux, et surtout on passe complètement à côté de la Russie. On ne peut pas découvrir un pays en l’observant seulement à travers les vitres d’un train.

Quelque soit l’itinéraire choisi, le départ ou l’arrivée sera forcément Moscou. Quoiqu’on peut aussi débuter le voyage par Saint-Pétersbourg et arriver en train dans la capitale. Moscou est une ville immense et fascinante, et je recommande d’y passer au moins trois ou quatre jours. Son patrimoine historique, culturel et architectural est considérable et je prends beaucoup de plaisir à y retourner à chaque voyage en Russie. Contrairement aux idées reçues (encore une!), ce n’est pas une ville chère et on peut vraiment se faire plaisir à moindre coût.

Vue sur le lac Baïkal depuis l’île d’Olkhon

L’étape la plus incontournable, celle qui ne fait jamais débat, c’est le lac Baïkal. C’est un site naturel sublime et qui mérite à lui seul un voyage en Russie. Pour cela, il faut s’arrêter à Irkoutsk, et rester au minimum quatre jours, car Irkoutsk n’est pas sur les bords du lac. La localité la plus proche pour voir le lac, c’est Listvianka. Après, ça vaut le coup d’aller passer au moins deux jours sur l’île d’Olkhon. Si vous faîtes le choix d’emprunter la ligne Baïkal-Amour (BAM), l’étape pour voir le lac Baïkal, c’est Severobaïkalsk, tout au nord du lac Baïkal. Je l’ai déjà dit plus haut, c’est une option que je ne recommande pas du tout pour un premier voyage en transsibérien. Severobaïkalsk est une des villes les plus laides et déprimantes que j’ai vu en Russie. Les bords du lac sont beaux, mais les chemins de randonnée sont très mal balisés.

La grande mosquée de Kazan

Après, mes deux étapes coup de cœur, sont Kazan et Krasnoïarsk. Elles méritent chacune un arrêt d’au moins deux jours avec une nuit sur place. Kazan, c’est la capitale du Tatarstan, une république autonome musulmane au sein de la Russie, et bien qu’étant géographiquement située en Europe, on y sent l’influence asiatique. J’y ai consacré un article entier: coup de cœur pour Kazan: joyau multiculturel de la Russie, donc je ne m’étendrai pas ici.

La réserve de Stolby à Krasnoiarsk

Krasnoïarsk, c’est une ville de Sibérie, à mi-chemin entre Novossibirsk et le lac Baïkal. La ville est intéressante à découvrir en elle-même, avec son architecture soviétique, ses jolies églises orthodoxes et ses maisons en bois traditionnelles. L’intérêt majeur, c’est d’aller marcher en pleine nature dans la réserve nationale de Stolby. La forêt y est parsemée de roches volcaniques qu’on peut escalader pour profiter de superbes points de vue sur la taïga.

Il y a beaucoup d’autres villes qui méritent un arrêt bien sûr sur le parcours du transsibérien. Après, à chacun de voir en fonction du temps dont il dispose et des endroits qu’il a envie de découvrir. Une bonne stratégie pour voir un maximum de lieux en un minimum de temps, c’est d’organiser son voyage en prévoyant de dormir dans le train, de débarquer le matin dans une ville, puis de repartir le soir-même pour une nouvelle nuit dans le train. Il y a des consignes dans la plupart des gares en Russie, donc on peut y laisser ses bagages. Sinon, une bonne astuce, c’est de réserver un lit en dortoir dans une auberge de jeunesse pas chère (en général ça se trouve pour 5€) et pas trop loin de la gare: comme ça on peut y poser ses valises, prendre une douche et profiter d’une bonne journée de visite.

Pas loin de Moscou, à juste six heures de train, on peut faire un premier arrêt dans la jolie ville de Nijni-Novgorod, sur les bords de la Volga. Le centre-ville est petit et se découvre facilement en une journée. Il y a beaucoup de belles églises orthodoxes avec des dômes dorés et colorés.

Nijni-Novgorod et ses églises sur les bords de la Volga

Plus à l’Est, Iekaterinbourg mérite un arrêt car c’est un lieu stratégique: c’est à cet endroit que se situe la frontière entre l’Europe et l’Asie. On peut aller voir le monument qui la matérialise, situé à l’extérieur de la ville. Sinon, historiquement Iekaterinbourg est une ville d’importance car c’est là qu’ont été assassinés le tsar Nicolas II et toute sa famille en 1918, après la révolution bolchevique d’octobre 1917. A visiter aussi: le musée récemment ouvert consacré à Boris Eltsine, originaire de la ville.

Iekaterinbourg et la frontière Europe-Asie

Après Iekaterinbourg, on entre dans la Sibérie. Omsk ne figure pas parmi les arrêts incontournables, mais j’ai beaucoup aimé sa cathédrale orthodoxe, une des plus belles que j’ai vues en Russie. J’y ai juste passé quelques heures entre deux trains, ce qui suffit pour découvrir les deux trois sites d’intérêt de la ville.

La cathédrale de la Dormition à Omsk

Ensuite c’est Novossibirsk, la plus grande ville de Sibérie. Très austère avec ses immenses barres soviétiques toutes grises, la ville a tout de même une vie culturelle intéressante et pas mal de bars et restaurants branchés. C’est là qu’on commence à rentrer dans le vrai climat sibérien. La première fois que j’y suis allée, mi-septembre 2010, il faisait 3 degrés et la neige commençait à tomber… (les photos ci-dessous datent de mon deuxième voyage en novembre 2018). Avec une forte population étudiante, c’est une ville qui bouge bien les vendredi et samedi soir pour ceux qui aiment sortir. Novossibirsk, j’en avais eu une très mauvaise image lors de mon premier passage, pensant que c’était une des villes les plus déprimantes de Russie. Et bien en 2018, j’ai totalement changé d’avis: après être passée par Komsomolsk-sur-l’Amour, Tynda et Severobaïkalsk, Novossibirsk m’a presque fait l’effet d’un « petit paradis »… Comme quoi, toutes les impressions sont toujours très relatives.

Oulan-Oude, c’est le dernier arrêt du transsibérien avant de franchir la frontière avec la Mongolie, mais en fait, culturellement on est déjà en Mongolie. C’est la capitale de la Bouriatie et les Bouriates sont un peuple d’origine mongole. On ne s’y sent presque plus en Russie, si ce n’est une des principales curiosité de la ville: la plus grosse tête de Lénine du monde, qui veille sur la grande place. Les amateurs d’Art soviétique apprécieront…

La plus grosse tête de Lénine du monde, à Oulan-Oude

Un arrêt à Khabarovsk permet de faire une pause sur le long trajet entre Oulan-Oude et Vladivostok. C’est aussi là qu’on peut bifurquer vers la ligne Baïkal-Amour (ou en revenir) car on peut rejoindre en train Komsomolsk-sur-l’Amour. Le principal intérêt de Khabarovsk, c’est qu’elle est située sur les bords du fleuve Amour, un des plus grands fleuves de Russie, qui marque notamment la frontière avec la Chine voisine. Concernant Komsomolsk-sur-l’Amour j’ai été assez déçue… Il ne faut pas se laisser « séduire » par le nom romantique de la ville: elle est affreuse. C’est juste un arrêt pour faire la jonction entre les deux tronçons du transsibérien.

La cathédrale de l’Assomption à Khabarovsk, sur les bords du fleuve Amour

Tynda, c’est en fait l’étape de la ligne Baïkal-Amour que j’ai trouvé la plus intéressante. Alors pas parce que c’est une belle ville: comme les autres arrêts du BAM, Severobaikalsk et Komsomolsk-sur-l’Amour, Tynda est une ville soviétique laide et sans charme, où les grandes barres d’immeubles inhumaines donnent instantanément l’envie de noyer son désespoir dans quelques verres de vodka (nota bene: ce n’est pas un voyage que je conseille aux personnes dépressives). La première raison qui m’a fait apprécier la ville, c’est sans doute parce que j’y ai fait du couchsurfing (un site internet d’hébergement gratuit chez l’habitant) chez un jeune russe très sympa et que c’était probablement la meilleure manière de découvrir l’endroit. Mais aussi parce que rarement auparavant j’ai autant eu le sentiment d’être au milieu de nulle part. On est presque pris de vertige quand on regarde la carte et qu’on réalise à quel point on est isolé. Mais pourquoi diable y a t’il des gens qui vivent dans un endroit pareil, avec un climat aussi hostile? Ce n’est pas sans raison que c’est à Tynda que la Corée du Nord avait installé des camps de travail il y a quelques années: au moins ils étaient sûr de ne pas être dérangés… Aujourd’hui ils sont désaffectés et on peut même aller y faire un tour (ne me demandez pas l’adresse, je ne la connais pas).

Vladivostok enfin, le terminus mythique de la ligne, qui relie la capitale de la Russie à la mer du Japon. C’était tout l’objectif d’ailleurs du transsibérien: permettre  aux Russes de coloniser l’Extrême-Orient. Ce n’était pas tâche facile de convaincre des gens d’aller habiter dans des contrées aussi inhospitalières. Vladivostok en tout cas n’est pas le bout du monde qu’on s’attend à trouver. C’est une grande ville européenne en plein milieu du Japon, de la Chine et de la Corée. C’est surprenant d’ailleurs de voir à quel point c’est une ville occidentale: j’aurais pensé y voir davantage d’influence asiatique. Mais les seuls asiatiques qu’on y croise ce sont des touristes chinois. Vladivostok mérite en tout cas d’y passer au minimum deux ou trois jours. C’est dommage d’arriver jusque là pour en repartir aussitôt!

Vue sur Vladivostok et son superbe pont à haubans

Voyage en transsibérien en vidéo:

Pour une immersion encore plus complète à bord du transsibérien, voilà le film que nous avons réalisé avec mon amie Emily (Travel and Film) lors de notre voyage en 2010. C’était en fait une étape d’un grand voyage qui nous a conduit de Paris à Hong-Kong sans prendre l’avion, avec de Paris à Moscou à auto-stop, de Moscou à Oulan-Bator en transsibérien, la Mongolie en van, puis la traversée de la Chine en train. Pour revivre mon voyage en transsibérien de 2018 de Vladivostok à Moscou en vidéo, je vous invite à aller voir les stories à la une sur mon compte instagram.

Pour préparer ce voyage, je vous conseille aussi d’acheter le Lonely Planet spécial Transsibérien. La dernière édition date de juillet 2018, donc je pense qu’il est assez à jour. Les choses évoluent très vite en Russie, donc il faut savoir que les informations sont rapidement périmées. Je ferai moi-même la mise à jour de cet article pour qu’il reste un maximum d’actualité.

Note: cet article ne contient pas de liens sponsorisés et j’ai financé tous mes voyages moi-même. Par contre, j’ai mis quelques liens affiliés qui me permettent de toucher une petite commission si vous faites des achats ou des réservations en cliquant dessus. Cela me permet de financer mon activité. Merci d’avance pour votre soutient. N’hésitez pas à me poser vos questions en commentaires.




Les accessoires indispensables pour partir en voyage

4 commentaires pour “Voyage en transsibérien: le guide complet”

  1. Salut Sarah,
    Merci pour cet article bien fourni au sujet de l’aventure transsibérien !
    Je rêve d’emprunter ce réseau ferré pour me rendre de Moscou à Oulan Bator. J’admets qu’avec toutes mes envies, je partais dans tous les sens (envie de m’arreter partout, hésitation quant à mon organisation), ton article m’aide un peu à restructurer mon idée et à remettre la Russie au centre des destinations qui m’attirent.
    Très bon article ! 🙂
    Florence Articles récents..Une journée mémorable à GrenadeMy Profile


  2. Cet article est tellement complet et détaillé! Merci infiniment pour toutes ces informations. Je prévois un voyage en transsibérien en septembre 2019, je sens que ton site va être un véritable guide pour moi 🙂


    • Sarah

      Répondre

      Super! c’est idéal le mois de septembre! Il fait encore beau la plupart du temps… par contre attention en Sibérie vers Novossibirsk et Krasnoiarsk: c’est quasiment l’hiver toute l’année là-bas 😉 N’hésite pas si tu as des questions!


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